Tout comprendre au Restaking : La nouvelle tendance pour doper vos rendements Ethereum

Tout comprendre au Restaking La nouvelle tendance pour doper vos rendements Ethereum

L’écosystème Ethereum est en perpétuelle mutation. Si vous naviguez dans la finance décentralisée (DeFi) depuis quelques années, vous avez assisté à plusieurs changements de paradigme. Nous sommes passés du minage (Proof-of-Work) au Staking (Proof-of-Stake) lors de “The Merge”, une transition qui a transformé l’ETH en un actif générateur de rendement natif.

Pendant un temps, le staking classique, offrant environ 3 à 5 % de rendement annuel pour sécuriser le réseau, semblait être l’aboutissement de ce modèle économique. C’était sans compter sur l’ingéniosité des développeurs DeFi.

Aujourd’hui, une nouvelle narrative domine les discussions et attire des milliards de dollars de capitaux : le Restaking. Ce concept, bien que complexe au premier abord, représente peut-être l’évolution la plus significative de l’utilisation du capital sur Ethereum depuis l’invention des jetons ERC-20. Il ne s’agit plus seulement de sécuriser Ethereum, mais d’utiliser cette même sécurité comme un socle pour un écosystème plus large, tout en empilant les rendements.

En tant qu’investisseur DeFi ayant traversé les étés euphoriques et les hivers glaciaux du marché crypto, j’ai appris à me méfier des nouvelles “boîtes magiques” à rendement. Cependant, le restaking n’est pas un simple schéma de Ponzi, mais une innovation structurelle profonde. Plongeons dans les mécanismes de cette nouvelle couche financière pour comprendre comment elle peut doper vos rendements, mais aussi quels nouveaux risques elle introduit.

Mon expérience personnelle : De la frustration du staking rigide à la flexibilité du restaking

Pour comprendre l’attrait du restaking, il faut revenir un instant sur les débuts du staking sur Ethereum. Lorsque j’ai décidé de devenir validateur pour la première fois, bien avant la fusion, la décision était lourde de conséquences. Il fallait bloquer 32 ETH (une somme considérable) dans un contrat de dépôt, sans aucune date de sortie précise.

C’était un acte de foi dans le futur du réseau. Pendant des mois, cet ETH est resté “inerte”. Il sécurisait le réseau, certes, et générait des récompenses, mais ce capital était totalement mort pour le reste de l’écosystème DeFi. Je voyais passer des opportunités de rendement ailleurs, mais mes actifs les plus précieux étaient verrouillés dans la “Beacon Chain”.

L’arrivée des Liquid Staking Tokens (LSTs) comme le stETH (Lido) ou le rETH (Rocket Pool) a été une première libération. Soudain, je pouvais staker mon ETH, recevoir un jeton représentant ce dépôt, et utiliser ce jeton comme collatéral dans Aave ou MakerDAO. C’était une révolution de l’efficacité du capital.

Le restaking est l’étape suivante logique de cette histoire. Quand je l’ai découvert, ma première réaction fut : “Pourquoi n’y avons-nous pas pensé plus tôt ?”. Au lieu de simplement utiliser mon stETH comme collatéral passif pour un prêt, le restaking me propose de le “remettre au travail” activement pour sécuriser d’autres projets. C’est le passage d’un capital dormant à un capital “hyper-actif”.


1. Les fondations : Du Staking au Liquid Staking

Avant d’aborder le restaking, il est impératif de maîtriser les briques de base.

Le Staking Natif

Ethereum fonctionne grâce au Proof-of-Stake (PoS). Des validateurs bloquent (stakent) de l’ETH pour obtenir le droit de proposer et de valider de nouveaux blocs. En échange de leur honnêteté et de leur temps de fonctionnement, ils reçoivent des récompenses en ETH. S’ils trichent ou sont hors ligne trop longtemps, ils subissent une pénalité appelée le Slashing, où une partie de leur ETH staké est détruite. C’est la base de la “sécurité crypto-économique” d’Ethereum : il est financièrement irrationnel d’attaquer le réseau.

Le Liquid Staking (LST)

Le problème du staking natif est l’illiquidité. Vos ETH sont bloqués. Les protocoles de Liquid Staking ont résolu ce problème. Vous leur confiez vos ETH, ils les stakent pour vous, et vous donnent en échange un “reçu” tokenisé (le LST) qui prend de la valeur au fil du temps grâce aux récompenses de staking.

  • Exemple : Vous déposez 1 ETH chez Lido, vous recevez 1 stETH. Ce stETH peut être échangé, vendu, ou utilisé en DeFi, tout en continuant de générer les ~4% de rendement natif d’Ethereum.

2. Qu’est-ce que le Restaking ? Le concept fondamental

Si le staking consiste à sécuriser la couche de base d’Ethereum (Layer 1), le Restaking consiste à utiliser ce même ETH déjà staké pour sécuriser simultanément d’autres applications et protocoles.

L’idée a été popularisée par le protocole pionnier EigenLayer. Le constat de départ est le suivant : Ethereum possède la sécurité crypto-économique la plus robuste au monde (des centaines de milliards de dollars d’ETH stakés garantissant le réseau).

Cependant, de nombreux services annexes, nécessaires au bon fonctionnement du Web3, ne peuvent pas être directement déployés sur la blockchain Ethereum (pour des raisons de coût ou de complexité technique). Ces services incluent :

  • Des réseaux d’oracles (qui apportent des données du monde réel sur la blockchain).
  • Des ponts (bridges) entre différentes blockchains.
  • Des couches de disponibilité des données (Data Availability Layers).
  • Des séquenceurs décentralisés pour les Rollups (Layer 2).

Jusqu’à présent, chacun de ces services devait construire son propre réseau de validateurs, émettre son propre jeton pour les rémunérer, et créer sa propre confiance de zéro. C’est coûteux, complexe et souvent peu sécurisé au démarrage.

Le Restaking permet à ces services, appelés Actively Validated Services (AVS), de “louer” la sécurité d’Ethereum au lieu de la construire eux-mêmes.

En résumé : Le restaking permet à un validateur Ethereum de dire : “Je mets mes 32 ETH en jeu non seulement pour prouver que je ne tricherai pas sur Ethereum, mais aussi pour prouver que je ne tricherai pas sur cet Oracle et ce Bridge. Si je faute sur l’un ou l’autre, je consens à être slashé sur mes ETH de base.”


3. La mécanique sous le capot : Comment ça marche ?

Le restaking n’est pas magique, c’est un ensemble complexe de contrats intelligents qui gèrent des droits de slashing supplémentaires.

Il existe principalement deux manières de participer au restaking :

A. Le Restaking Natif (Pour les experts techniques)

Si vous faites tourner votre propre nœud validateur Ethereum (les fameux 32 ETH), vous pouvez pointer vos “crédits de retrait” vers les contrats intelligents du protocole de restaking (comme EigenLayer). Vous conservez le contrôle total de votre nœud, mais vous signez électroniquement une autorisation permettant au protocole de restaking de vous pénaliser si vous ne respectez pas les règles des services AVS que vous avez choisi de sécuriser. C’est la méthode la plus pure, sans risque de contrepartie lié à un LST, mais la plus complexe techniquement.

B. Le Restaking de LST (La méthode grand public)

C’est la méthode la plus courante. Vous possédez déjà des Liquid Staking Tokens (LSTs) comme le stETH, le rETH ou le cbETH. Au lieu de les laisser dormir dans votre portefeuille, vous les déposez dans un protocole de restaking.

Le protocole prend ces LSTs et les utilise comme garantie pour sécuriser les AVS. Pour l’utilisateur, c’est une expérience similaire à un dépôt dans une “pool” de liquidité classique.

Le rôle des Opérateurs

En tant qu’investisseur individuel, vous n’allez probablement pas gérer techniquement la validation des services AVS (faire tourner les logiciels d’oracle, de bridge, etc.). Vous allez déléguer votre ETH ou vos LSTs restakés à des Opérateurs. Ce sont des entités professionnelles qui gèrent l’infrastructure technique nécessaire pour valider les AVS, et qui prennent une petite commission sur les rendements générés avant de vous reverser le reste.


4. Les Bénéfices : La promesse de “Rendements Empilés”

Pourquoi le restaking a-t-il attiré des milliards de dollars de TVL (Total Value Locked) aussi rapidement ? La réponse tient en deux mots : efficacité du capital.

Le principal attrait pour les investisseurs est la possibilité d’empiler les rendements (Yield Stacking). Avec le même capital de départ (votre ETH), vous pouvez potentiellement toucher trois couches de revenus :

  1. Le rendement du Staking Ethereum natif : C’est la couche de base, les ~3% à 4% annuels pour la validation du consensus Ethereum. Si vous utilisez des LSTs, ce rendement est déjà intégré dans la valeur du jeton.
  2. Le rendement du Restaking (Récompenses AVS) : En échange de la sécurité fournie aux AVS (bridges, oracles, etc.), ces services vous paient. Ces paiements peuvent être en ETH, en stablecoins, ou dans le jeton natif du projet AVS. C’est la couche de rendement supplémentaire “pure” du restaking.
  3. Le rendement DeFi sur les LRTs (Optionnel) : Comme nous le verrons plus loin, le restaking a donné naissance aux “Liquid Restaking Tokens” (LRTs). Ces nouveaux jetons peuvent eux-mêmes être utilisés dans la DeFi pour générer encore plus de rendement (par exemple, en les fournissant comme liquidité sur un DEX).

Pour l’écosystème Ethereum dans son ensemble, le bénéfice est la Sécurité Partagée (Shared Security). Lancer un nouveau protocole d’infrastructure devient moins coûteux et plus sûr, car les développeurs peuvent s’appuyer sur la gigantesque confiance déjà établie par Ethereum, plutôt que de devoir convaincre des validateurs d’acheter un nouveau jeton volatil pour sécuriser leur réseau.


5. Les Risques Critiques : Le revers de la médaille (EEAT – Fiabilité)

En tant qu’analyste financier dans la crypto, mon devoir est d’insister lourdement sur cette section. Le restaking n’est pas un “repas gratuit”. En augmentant les rendements, vous augmentez mécaniquement et significativement les risques.

Le restaking introduit un concept terrifiant : le Slashing à effet de levier.

Le Risque de Slashing Cumulé

C’est le risque principal. Lorsque vous restakez votre ETH, vous donnez la permission à plusieurs entités différentes de vous “punir” (slasher).

  • Si vous (ou l’opérateur à qui vous avez délégué) commettez une erreur sur la chaîne Ethereum principale, vous êtes slashé.
  • Si cet opérateur commet une erreur sur l’AVS n°1 (par exemple, un Oracle), vous pouvez être slashé sur votre ETH principal.
  • S’il commet une erreur sur l’AVS n°2 (un Bridge), vous pouvez être slashé à nouveau.

Vous mettez donc votre capital principal en danger face à de multiples vecteurs d’attaque ou de bugs potentiels. Un opérateur malveillant ou incompétent sur un petit service AVS pourrait entraîner la perte d’une partie significative de votre ETH de base.

Le Risque de Smart Contract

Le restaking ajoute des couches de complexité. Vous ne faites plus seulement confiance au contrat de dépôt d’Ethereum (testé depuis des années) et au contrat de votre LST (comme Lido). Vous devez maintenant faire confiance aux contrats intelligents du protocole de restaking (comme EigenLayer), aux contrats de gestion des opérateurs, ET aux contrats de chaque AVS que vous sécurisez. La surface d’attaque pour les hackers est exponentiellement plus grande.

Le Risque de Centralisation

Il existe une crainte réelle que le restaking ne conduise à une centralisation accrue d’Ethereum. Si un seul protocole de restaking devient trop dominant, ou si les validateurs sont obligés de faire du restaking pour rester économiquement compétitifs face aux rendements élevés, cela pourrait mettre une pression sur les petits validateurs indépendants (“solo stakers”) qui n’ont pas la capacité technique de gérer les logiciels AVS supplémentaires.


6. L’essor des “Liquid Restaking Tokens” (LRTs) : La dérive financière ?

La DeFi a horreur du capital bloqué. À peine le restaking est-il apparu, nécessitant de déposer des LSTs dans des contrats, que le marché a inventé une solution pour rendre ces dépôts liquides à nouveau : les Liquid Restaking Tokens (LRTs).

Des projets comme Ether.fi, Puffer Finance, Renzo ou Kelp DAO ont émergé.

Leur proposition est simple : “Déposez votre ETH ou stETH chez nous. Nous nous occupons du restaking sur EigenLayer pour vous, nous gérons les opérateurs et les AVS, et nous vous donnons un jeton (un LRT) qui représente votre position restakée + tous les rendements accumulés.”

Ces LRTs sont la “couche 3” de la dérivée financière sur Ethereum (ETH -> LST -> LRT). Ils permettent une facilité d’utilisation incroyable pour l’utilisateur lambda, qui n’a pas à choisir ses AVS. Mais ils ajoutent une couche de risque supplémentaire : le risque de désancrage (depeg) du LRT, le risque de gestion du protocole LRT, et une opacité accrue sur les risques réels pris en sous-main.


Conclusion

Le Restaking est indéniablement l’une des innovations les plus puissantes de l’ère post-Merge d’Ethereum. Il transforme l’ETH d’un simple actif de sécurité en une collatéral universel pour la confiance décentralisée. Pour l’investisseur averti, c’est une opportunité unique de maximiser les rendements sur un actif de long terme.

Cependant, cette nouvelle frontière financière doit être abordée avec une prudence extrême. La complexité technique et l’empilement des risques de “slashing” signifient que le restaking n’est pas adapté aux profils averses au risque.

Nous ne sommes plus dans la simplicité du “je stake et j’oublie”. Le restaking demande une gestion active des risques, une surveillance des opérateurs choisis et une compréhension profonde des protocoles utilisés. Si le staking est le compte épargne de la crypto, le restaking en est le fonds spéculatif : potentiellement très rémunérateur, mais nécessitant une expertise réelle pour éviter les catastrophes. Faites vos propres recherches (DYOR) et ne restakez jamais plus que ce que vous pouvez vous permettre de voir slashé.


FAQ sur le Restaking Ethereum

Qu’est-ce que la différence principale entre Staking et Restaking ?

Le Staking consiste à bloquer des ETH pour sécuriser uniquement la blockchain Ethereum (la couche de base). Vous ne courez qu’un seul risque de pénalité (slashing) lié au protocole Ethereum lui-même.

Le Restaking consiste à utiliser ces mêmes ETH déjà stakés pour sécuriser d’autres services en plus d’Ethereum (comme des oracles ou des bridges). Vous cumulez les rendements, mais vous cumulez aussi les risques de pénalités provenant de ces services additionnels.

Combien puis-je gagner avec le Restaking ?

Il est impossible de donner un chiffre fixe, car les rendements sont dynamiques. Le rendement total est la somme du rendement du staking natif (environ 3-4%) PLUS les rendements offerts par les Actively Validated Services (AVS) que vous sécurisez. Ces rendements additionnels dépendent de la demande pour ces services et des frais qu’ils génèrent. Les premières estimations varient souvent entre 1% et 5% supplémentaires, mais cela peut fluctuer considérablement.

Puis-je perdre mon ETH en faisant du Restaking ?

Oui, absolument. C’est le risque majeur. Si vous (ou l’opérateur à qui vous déléguez) agissez de manière malveillante ou rencontrez un bug technique grave sur l’un des services AVS que vous sécurisez, une partie de votre ETH initial peut être confisquée (slashée). Le restaking expose votre capital principal à des risques qui vont au-delà de la simple blockchain Ethereum.

Qu’est-ce qu’EigenLayer ?

EigenLayer est le protocole pionnier qui a inventé et popularisé le concept de restaking sur Ethereum. Il agit comme une place de marché intermédiaire. D’un côté, il permet aux détenteurs d’ETH de “restaker” leurs actifs. De l’autre, il permet aux services (AVS) de venir “louer” cette sécurité mutualisée. Bien que d’autres concurrents émergent, EigenLayer reste actuellement le leader incontesté de ce secteur.

Les Liquid Restaking Tokens (LRTs) sont-ils sûrs ?

Les LRTs (comme ceux d’Ether.fi ou Renzo) simplifient l’accès au restaking mais ajoutent des couches de risques. En plus des risques inhérents au restaking (slashing), vous ajoutez le risque de smart contract du protocole qui émet le LRT, ainsi qu’un risque de liquidité. Si tout le monde veut vendre son LRT en même temps pour récupérer l’ETH sous-jacent, et qu’il y a une période d’attente pour les retraits, la valeur du LRT peut chuter temporairement par rapport à l’ETH (le “depeg”). Ils ne doivent pas être considérés comme “sûrs” au même titre qu’un simple ETH dans un portefeuille matériel.

Elena Ledger Autrice du site Crypto Actualités
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Passionnée par la révolution crypto, Elena Ledger explore quotidiennement les profondeurs de la blockchain pour en extraire l'essentiel. De l'ascension des NFT aux enjeux de la cybersécurité, elle combine une plume vive à une analyse pointue des cours du marché. Journaliste Web3 dans l'âme, elle ne se contente pas de suivre l'actualité : elle la questionne. Suivez ses analyses pour comprendre comment le Bitcoin et l'Ethereum transforment notre rapport à la monnaie.

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