Marché des cryptomonnaies : un marché fragmenté en croissance.

Le poids du Bitcoin et de l’Ethereum

Début 2021, le Bitcoin et l’Ethereum représentent à eux seuls près de 75% de l’encours total de l’industrie de la cryptomonnaie. Respectivement, le Bitcoin représente la majorité du marché des cryptomonnaies (60% de la capitalisation totale). De son côté, l’Ethereum représente près de 4 fois moins (soit 14% de la capitalisation totale du marché). Toutes les autres cryptomonnaies pèsent moins de 2% du marché total. Ce qui montre l’importante rupture du marché des cryptomonnaies. Ce marché est divisé entre petites capitalisations d’une part et grandes capitalisations d’autre part.

Source : Investing.com

L’écart considérable qui existe entre petites et grandes capitalisations montre une certaine rupture fondamentale du marché des cryptomonnaies. De manière plus globale, on peut distinguer trois catégories de cryptomonnaies :

  • Les plus grandes cryptomonnaies (75% du marché total, il s’agit du BTC et de l’ETH)
  • Les cryptomonnaies moyennes (il s’agit ici des cryptomonnaies entre 0,8% et 2% de la capitalisation totale, soit 12% du marché total).
  • Les petites cryptomonnaies (qui représentent 14% du marché total et la quasi-totalité des cryptomonnaies existantes).

Les mouvements de marchés sont particulièrement intéressants quand une cryptomonnaie passe des petites aux moyennes capitalisations, ce qui reste assez rare. Cette étude nous permet de voir que le marché des cryptomonnaies est dirigé majoritairement par le Bitcoin, et l’Ethereum.

Répartition de l’offre Bitcoin

Le Bitcoin est souvent connu pour son offre plutôt inégalitaire. Ce qui n’est pas entièrement faux. Jusqu’alors, le Bitcoin a attiré un public peu fortuné et plutôt jeune : 56% des utilisateurs de Bitcoin en 2015 avaient entre 18 et 34 ans. Cette partie de l’offre constituée de jeunes détenteurs s’oppose aux grandes fortunes détentrices de Bitcoin. Il s’agit principalement des institutionnels. Ce clivage a persisté en 2020 et persiste encore aujourd’hui. En réalité, ce clivage permet d’expliquer l’intensité toute particulière de la hausse des cryptomonnaies ces derniers mois. La puissance d’évolution du cours des principales cryptomonnaies n’est plus tellement entre les mains les mains des particuliers. Ce qui est caractéristique d’un marché plus atomisé (avec plus d’agents et d’utilisateurs).

En effet, les grandes cryptomonnaies bénéficient d’une importante couverture institutionnelle (et médiatique). D’après Glassnode, le nombre de baleines (détenteurs de plus de 1000BTC, soit 50M$ de Bitcoin en février 2021) a augmenté de 27% en 2020 (+13% en termes de capitalisation). Cela montre l’intérêt prononcé des gros investisseurs et institutionnels (moins de 0,01% du nombre total d’utilisateurs), qui représentent près de 32% de l’offre totale en 2020.

De plus, près de 97% des utilisateurs détiendraient moins de 1 Bitcoin, mais ne possèderaient que 5% de l’offre totale. Cela montre la puissance de frappe absolument considérable des institutionnels sur le prix du Bitcoin. Enfin, on notera l’influence des plateformes d’échange et des mineurs. Les plateformes déchange et les mineurs pèsent plus de 22% de l’offre totale, alors qu’ils représentent moins de 0,25% des détenteurs de Bitcoin. 

En clair, ce sont les institutionnels qui font à ce jour le marché sur les deux principales cryptomonnaies. Cela permet aussi d’expliquer la forte hausse du prix du Bitcoin, avec une demande majoritaire d’institutionnels face à une offre minoritaire de particuliers. En bref, les baleines (fonds, entreprises, banques, etc.) donnent le tempo de l’évolution des prix.

Les institutionnels prennent le risque

Le marché des cryptomonnaies a connu une hausse de capitalisation sans précédent depuis le printemps 2020. Ce mouvement d’intérêt soudain des institutionnels est le résultat de la naissance de nombreux projets liés aux cryptomonnaies autour du monde. La bulle de 2017 a provoqué l’émergence de plusieurs centaines de projets. Ces projets ont provoqué une hausse durable du nombre d’utilisateurs et de la capitalisation globale, malgré une stagnation des cours.

La crise de 2020 a aussi provoqué un point bas majeur, ce qui a éveillé l’intérêt de nombreux gestionnaires dès le printemps. L’abondance de liquidités, la réduction du stress financier à l’été, et les annonces de PayPal et autres institutions à l’automne, ont débloqué les prix des cryptomonnaies. PayPal, MasterCard, JP Morgan, BlackRock et autres ont enclenché une dynamique de plusieurs centaines de milliards de dollars.

L’avenir des cryptomonnaies repose sur la puissance des institutionnels. Goldman Sachs a précisé à l’été 2020 via Mathew McDermott (Directeur des actifs numériques, Goldman Sachs) que nous pourrions assister à l’apparition « d’un système financier où tous les actifs et passifs seraient regroupés sur la Blockchain » d’ici 5 à 10 ans.

Au-delà de permettre l’évolution des systèmes de paiement, les cryptomonnaies passent à l’étape supérieure en matière de financiarisation. La finance décentralisée semble prendre une influence graduelle au fur et à mesure que la finance se penche sur ces technologies.

Diffusion massive et mondiale

Qu’il s’agisse ou non d’un effet d’euphorie, le marché des cryptomonnaies conquiert un public mondial et croissant. Le nombre d’utilisateurs de cryptomonnaies devrait se compter en centaines de millions de personnes dans les prochaines années. De toutes évidences, le Bitcoin et l’Ethereum concentrent la majorité des demandes nouvelles du marché, par effet d’éviction des monnaies les moins répandues. Cette tendance de concentration de la demande sur BTC et ETH devrait se poursuivre à long terme.

Cette diffusion et démocratisation devrait également conduire à la surperformance de certains projets et cryptomonnaies. Les premiers à bénéficier de cette démocratisation seront très certainement les plateformes d’échange ou d’investissement en cryptomonnaies, mais aussi certains projets destinés à fournir des services aux institutionnels (paiements, transferts).

Enfin, le poids du Bitcoin va déterminer l’évolution globale du marché. Le Bitcoin est perçu comme une monnaie mondiale par son caractère non étatique. Dans les prochaines années, un affaiblissement durable de certaines devises conduirait, en plus de la hausse du nombre d’utilisateurs, à une continuité durable de la hausse de la capitalisation [voir article].

Quels réajustements de marché ?

L’écart entre grandes et petites cryptomonnaies est considérable. De nombreuses petites cryptomonnaies ont donc naturellement un potentiel de croissance limité. Ce qui s’explique par l’importante concurrence qui existe entre plusieurs milliers de petits projets similaires. Des projets puissants peuvent émerger dans le cas d’une nouvelle innovation sur le marché, ce qui provoque un effet de rattrapage. Les effets de rattrapage sur certaines cryptomonnaies sont particulièrement intéressants quand les cryptomonnaies passent de l’étape de petite à moyenne capitalisation.

Pour Aave par exemple, son prix est passé de 80$ au 1er janvier 2021 à 480$ 6 semaines plus tard, soit un cours multiplié par 6. Hausse qui serait quasi-complètement due à l’intervention de nombreux institutionnels. Aave est un projet apparu en 2017 et devient aujourd’hui un géant de la finance décentralisée. Aave permet aux utilisateurs de recevoir des intérêts sur leur dépôts ou bien d’emprunter des actifs de manière décentralisée. Il s’agit d’une nouvelle forme de système financier.

Dans l’idéal économique, un marché développé est un marché dont la capitalisation est répartie de manière plus homogène. Certains réajustements pourraient ainsi prendre effet avec l’émergence de certaines grandes cryptomonnaies, ou bien la disparition des moins fortes. Dit autrement, la diffusion économique à venir va donner un aperçu clair de quelles cryptomonnaies ont (ou non) réussi à atteindre leurs objectifs. Dans tous les cas, le Bitcoin et l’Ethereum ne vont certainement pas être détrônés avant de très nombreuses années.

En définitive, le marché des cryptomonnaies est très hétérogène. D’une part, le Bitcoin et l’Ethereum représentent près des ¾ de la capitalisation totale du marché. Ce qui montre l’importance de ces deux seules cryptomonnaies sur la direction globale du marché. De nombreuses petites cryptomonnaies se retrouvent ainsi évincées. D’autre part, ce marché très concentré est principalement dirigé par de gros détenteurs (« les baleines »), dont principalement des institutionnels. La diffusion à venir dans les prochaines années devrait participer à (1) l’émergence de petites et moyennes cryptomonnaies à l’instar récent d’Aave et (2) provoquer le déclin de nombreuses petites cryptomonnaies à l’avenir incertain. On rejoint ici la théorie économique de la concurrence monétaire. Dès lors, la monnaie n’est plus une institution, mais un marché.  

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