L’Iran règle ses importations en Bitcoin (BTC)

La pomme de la discorde

L’Iran a besoin du bitcoin pour contourner l’embargo des États-Unis qui dure depuis maintenant plusieurs décennies. Depuis la révolution islamique de 1979 pour être précis. À l’époque, les Iraniens renversèrent l’État impérial fantoche que les anglo-saxons avaient installé suite à l’opération Ajax menée par la CIA et le MI6 en 1953.

Cette année-là (1979), les États-Unis gelèrent 12 milliards $ (46 milliards de dollars actuels) d’actifs financiers détenus par l’Iran suite à la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran. L’année suivante, l’Oncle Sam poussa l’Irak de Sadam Hussein à envahir l’Iran. On estime que ces huit ans de guerre se sont soldés par la mort d’un demi-million de soldats iraniens et irakiens.

Les États-Unis placèrent le pays sous embargo financier dès 1984. L’étau sera même resserré en 1995 avec l’interdiction à toute entreprise étrangère d’investir dans l’industrie du pétrole perse. En 2012, le National Defense Authorization Act empêchera la banque centrale d’Iran d’utiliser le réseau SWIFT pour la vente de pétrole.

Les choses ont encore empiré avec l’arrivée de Trump. Sa politique de « pression maximale » se traduira par la déconnexion totale du réseau SWIFT. La république islamique est depuis dans l’impossibilité de commercer avec le reste du monde, ce provoque de vives tensions inflationnistes.

En représailles, l’Iran a réitéré le bannissement du dollar pour la vente de son pétrole. C’est une menace directe au système du petrodollar dont découle le gros des tensions géopolitiques actuelles. La triade Iran, Russie, Chine est en effet déterminée à se passer du billet vert. Et la pilule a du mal à passer du côté de Washington…

Israël et l’Arabie Saoudite sont également mouillés jusqu’au coup dans cette intrigue géoéconomique. À ce titre, notons que le Prince Salman a déclaré ce mardi 27 avril – lors d’une rare interview télévisée – “vouloir de bonnes relations” avec son voisin.

On dirait que la menace bitcoin fait son effet…

L’Iran est-elle en train de préparer l’avènement du Petrobitcoin ?

Affirmatif. Le Think Tank Iranian Presidential Center for Strategic Studies a récemment publié un papier dans lequel il conseille à demi-mot d’obtenir 11 % du hash rate du bitcoin…

Nous pouvions aussi lire :

« Les bitcoins nouvellement minés ne sont pas facilement traçables… Les entreprises domestiques devraient utiliser des bitcoins fraîchement minés, qui sont préférables aux bitcoins déjà existants, pour leurs échanges internationaux. »

Plus concrètement, nous savons que l’Iran installe depuis septembre 2020 des machines de mining dans trois centrales électriques. Avec une puissance combinée de 6 000 MegaWatts, il serait possible d’alimenter le parc mondial d’Antminers, soit plus d’un million de machines de mining. Il n’est toutefois pas si aisé d’en acheter en masse, surtout en ces temps de pénurie de microprocesseurs…

« L’équipement nécessaire a été installé dans trois centrales électriques (gaz) de Ramin, Neka et Shahid Montazer », a déclaré Mohsen Tarztalab, le CEO de TPPH, une entreprise semi-publique

Soit dit en passant, 80 % de la production d’électricité iranienne, qui s’élève à 75 000 MegaWatts, est générée par des centrales thermiques qui brûlent des combustibles fossiles. Dit autrement, si l’Iran devient un poids lourd du mining, l’empreinte carbone du BTC en patira.

Bref, c’est désormais officiel, les banques privées peuvent régler leurs importations en bitcoin.

Les banques ne pourront toutefois que se fournir auprès de mineurs agréés par le gouvernement. En effet, la législation stipule que les mineurs iraniens doivent vendre leurs bitcoins directement auprès de la Banque Centrale. Bien évidemment, aucun mineur iranien ne souhaite brader son or digital au taux de change officiel, d’où la mise en place par le gouvernement de ses propres opérations de mining.

« Aucun mineur ne veut fournir des bitcoins au gouvernement“, a déclaré Omid Alavi, un mineur de bitcoins agréé, à Bitcoin Magazine.

6 zéros pour le Bitcoin

L’Iran possède la deuxième plus grande réserve de gaz naturel au monde. Son sous-sol regorge également de pétrole. Les réserves prouvées placent le pays en quatrième position mondiale derrière le Canada, l’Arabie Saoudite et le Venezuela (qui s’est aussi lancé dans le mining de bitcoin).

Dit autrement, il faudra rajouter un zéro au bitcoin le jour où la Perse annonce utiliser le bitcoin non pas pour ses importations, mais pour le paiement de ses exportations de pétrole.

Par ailleurs, un autre pays musulman vient de tomber dans le terrier du bitcoin : la Turquie. Le pays ne pouvait que finir par s’y intéresser depuis que sa monnaie – la lire – est pilonnée par la JP Morgan.

« Pourquoi faisons-nous tous les prêts en dollars ? Utilisons une autre monnaie. Je suggère que les prêts soient faits en or », avait déclaré le président turc lors du G20 de 2018.

En effet, la majorité des prêts internationaux se font en dollar si bien que les banques américaines collectent des intérêts sur près de 13 000 milliards $ de prêts à l’étranger…

Avec le dollar, le monde est toujours soumis à la pression des taux de change. Nous devons protéger les États et les nations de cette pression. L’or n’a jamais été un outil d’oppression à travers l’histoire“, avait-il ajouté pour faire l’éloge du Gold Standard.

Aujourd’hui, le sultan ottoman s’apprête à mettre la main sur l’or digital de ses citoyens… Bloomberg rapporte que le gouvernement va établir une banque centrale (central custodian bank) où les exchanges devront déposer leurs bitcoins…

Avec l’Iran, un deuxième poids lourd géopolitique semble donc penser que le bitcoin standard serait du plus bel effet pour décentraliser l’architecture du système monétaire international. Nous pourrions alors réduire la capacité de nuisance des Américains envers ceux qui refusent d’utiliser leur monnaie de singe.

Nombre de recherches du mot bitcoin sur google trend en turquie
La Turquie est l’un des rares pays affichant un record de recherches pour le mot “bitcoin” sur google (deux fois plus d’intérêt qu’en 2017)

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