Les phénomènes psychologiques qui limitent ou favorisent le développement de Bitcoin (BTC) cryptomonnaies.

Finance comportementale et importance de la psychologie.

Mécanismes financiers

Les hausses et les baisses de marché sont avant tout le fait des décisions des agents. En règle générale, surtout concernant les cryptomonnaies avec une offre très concentrée [voir étude], les grandes tendances sont le fait des acteurs institutionnels qui opèrent avec de gros volumes. L’impulsion de grandes tendances de la part des institutionnels influence la psychologie des plus petits agents du marché. Les mouvements Les particuliers peuvent aussi jouer un rôle non négligeable sur des mouvements secondaires.

Le Bitcoin et les cryptomonnaies demeurent des actifs spéculatifs, soumis à une grande volatilité. Le marché repose en partie sur les émotions des agents. Les émotions influencent en effet les paramètres de l’offre (conservation à court ou long terme des actifs) et les paramètres de la demande (achat dans la perspective d’un gain rapide ou indéfini). Bien qu’ayant désormais une réelle utilité pour de nombreux agents (interbancaire, défiscalisation avec les stablecoins, échanges rapides, etc.), la plupart des utilisateurs de cryptomonnaies recherchent un objectif de gain uniquement.

On retiendra donc ici principalement l’intervention de mécanismes de prophéties auto-réalisatrices, de mimétisme, d’émotions et de différents biais.  Les prophéties auto-réalisatrices sont essentiellement vraies quand tous les agents sont par exemple en position haussière. La réduction de l’offre de titres conduit alors à une tendance de hausse des cours. Ce phénomène a été très perceptible sur le Bitcoin entre l’automne 2020 et le début 2021 chez les institutionnels[1].

 À cela, il faut ajouter les effets mimétiques, notamment des particuliers. La hausse du cours des cryptomonnaies du fait des investissements institutionnels a mené à un important effet médiatique, qui a provoqué un nouvel engouement des particuliers pour les monnaies numériques. On peut en particulier se référer à l’entrée d’Elon Musk en février 2021 sur le Bitcoin pour une valeur de 1.5Mds$. Cette nouvelle a provoqué l’impulsion d’un mouvement puissant de survalorisation. Niveau sur lequel le marché est revenu depuis. 

Phénomènes structurels et psychologiques

On notera par ailleurs un lien étroit entre la conjoncture économique et la psychologie des agents. Une des grandes illusions derrière les cryptomonnaies est l’illusion monétaire. L’illusion monétaire comme biais est un concept qui a été développé par Peter Diamond, Elvar Shafir et Amos Tversky. L’illusion monétaire repose sur la différence qui existe entre la variation réelle des prix perçus, et la variation relative des prix. Dans l’exemple du Bitcoin et des cryptomonnaies, l’abondance de liquidités conduit à une hausse généralisée et soutenue de tous les actifs ou presque. La surperformance des cryptomonnaies s’explique avant tout par le contexte monétaire, qui donne une illusion de risque zéro.

Les cryptomonnaies entament statistiquement un rallye haussier après que le stress financier ait touché un sommet. Ecrit plus clairement, l’abondance de liquidités du fait des quantités créées par les banques centrales conduit à une diminution du stress financier, et donc une hausse des cryptomonnaies. On retrouve ici l’importance de la psychologie et de l’illusion monétaire dans les processus de prix sur les actifs.

Les émotions jouent également lors de mouvements de prix extrêmes. Le Bitcoin, et les cryptomonnaies globalement sont des actifs corrélés à l’état global des marchés. Un manque de liquidités peut par exemple entrainer des mouvements de panique. En mars 2020, le Bitcoin a par exemple chuté de 40% en une seule journée. Enfin, les biais jouent un rôle global très important.   

7 biais cognitifs derrière les cryptomonnaies.

Biais d’ancrage.

Il s’agit de l’effet psychologique laissé par la première impression face à un sujet. Les médias et les discussions entre acteurs occupent une place centrale dans cet effet psychologique de biais d’ancrage. Ce biais d’ancrage sur le Bitcoin résulte dans deux principales approches chez les individus :

  • Biais d’ancrage positif. Si un média expose par exemple les performances à 4 chiffres du Bitcoin ou les nouveaux riches du Bitcoin, cela va contribuer chez les individus à associer durablement Bitcoin à la richesse et à la prospérité.
  • Biais d’ancrage négatif. Inversement, des médias ou des publications gouvernementales peuvent parler du Bitcoin comme quelque chose de spéculatif, dangereux et complètement inutile. Ceux qui découvriront les cryptomonnaies sous cet angle seront certainement plus réticent.

En cela, ce biais d’ancrage permet d’expliquer pourquoi les opinions face au Bitcoin et aux cryptomonnaies sont aussi divergentes, entre ceux qui sont pour et ceux qui s’y opposent. La diffusion du Bitcoin et des cryptomonnaies dans la sphère médiatique a été progressive. La première transaction en Bitcoin remonte à mai 2010 avec l’achat de Pizzas. On pourrait également remonter à la première grande vague de visibilité avec la diffusion du Bitcoin sur Silk Road, pour effectuer des activités illicites. Le développement de nouvelles cryptomonnaies après 2012 a aussi participé au gain de visibilité.

Biais d’engagement.

Le biais d’engagement a été très fort après la bulle de 2017 sur le cours des cryptomonnaies. Cela renvoie à une situation où malgré les résultats négatifs d’une situation, les individus persistent dans leur engagement. La présence de « coûts irrécupérables », c’est-à-dire ici de pertes considérables par rapport aux investissements misés au départ, conduit les individus à persister dans leur décision.

Après 2017, le Bitcoin a entamé une chute de près de 90%. Beaucoup d’investisseurs ont perdu, tandis que de nombreuses entreprises spécialisées ont émergé. L’effondrement des cours n’a cependant pas démotivé les acteurs du marché qui sont restés de manière persistante. L’engagement de nombreuses entreprises et d’investisseurs a notamment permis aux institutionnels de se positionner en 2020. Au-delà de ce biais, on peut également insister sur l’aspect idéologique derrière les cryptomonnaies.

Les cryptomonnaies sont (initialement au moins), profondément idéologiques. Les cryptomonnaies prétendent substituer le pouvoir monétaire des banques centrales. Un peu au même titre que les banques centrales ont substitué le pouvoir monétaire des États au cours des XVIIIe et XIXe siècles principalement.

Quasi-anarchiques, les cryptomonnaies sont avant toutes choses une innovation libérale. Globalement, les individus moins prédisposés à adhérer aux cryptomonnaies sont les groupes sociaux proches des institutions publiques et des idéologies peu libérales (universités, ministères, institutions internationales). Le rôle de l’idéologie est moins persistant aujourd’hui, notamment avec l’arrivée de jeunes dont l’attirance pour le gain isole de plus en plus le caractère idéologique.

Biais de confirmation et biais rétrospectif.

L’aspect idéologique joue pour beaucoup dans le succès des cryptomonnaies. De très nombreux utilisateurs, dont principalement les pionniers de l’industrie, partageaient tous une même idée d’émancipation du système central. On notera en effet que l’idée de monnaies privées est directement tirée de la théorie libérale de la concurrence monétaire, érigée par des principaux économistes de l’école autrichienne comme Friedrich Hayek. Il est évident que la diffusion des cryptomonnaies à des centaines de millions d’utilisateurs aujourd’hui implique nécessairement un biais de confirmation. Ce biais confirme ainsi le succès d’une certaine foi en la liberté de commerce et de transaction, sans frontières monétaires ni temporelles.

Néanmoins, cela fonctionne aussi dans l’autre sens. Les plus réticents aux cryptomonnaies vont systématiquement favoriser les arguments en défaveur des cryptomonnaies, n’oubliant pas les aspects spéculatifs et volatils. Ce biais de confirmation permet également le développement un biais rétrospectif.

Le biais rétrospectif consiste, d’après des spécialistes des marchés financiers comme Nassim Nicholas Taleb (« Le Cygne Noir », éditions Les belles lettres), à surestimer avec le recul nos choix. Par exemple, une forte hausse du cours du Bitcoin va provoquer un biais rétrospectif chez les investisseurs, qui peuvent avoir tendance à surestimer le bien fondé de leur choix. Inversement, quand les cours tombent, les plus réticents vont avoir tendance à surestimer leur position anti-cryptomonnaies.

Aversion à la dépossession et biais d’optimisme.

On entend par aversion à la dépossession la tendance à surévaluer ses biens quand on les possède. Ce biais peut être considéré comme assez présent à travers les cryptomonnaies, dans la mesure où ceux qui possèdent des cryptomonnaies peuvent avoir une tendance à fixer des objectifs de prix très élevés, sans que nécessairement la conjoncture le permette. Ce biais est en particulier plus fort chez les jeunes. On rappellera en effet qu’en 2015, 54% des utilisateurs de Bitcoins avaient entre 18 et 34 ans. 

Cette tendance à surévaluer les cryptomonnaies en portefeuille favorise également une forme de biais d’optimisme. Certaines personnes peuvent avoir tendance à croire qu’elles sont moins exposées au risque de baisse des cours des cryptomonnaies, car après tout celles-ci seraient vouées à grimper éternellement. La hausse du cours des cryptomonnaies provoque également chez ces détenteurs un sentiment de meilleure réussite financière, ce qui relève du biais d’optimisme.

Biais du statu quo

Refus du changement : voici ce que désigne le biais du statu quo. Ce biais conduit à considérer les nouvelles innovations comme présentant plus de risques que d’avantages. Ce biais est essentiellement présent chez les plus réticents aux cryptomonnaies qui sous-estiment généralement l’utilité de la Blockchain ou de certains paiements en cryptomonnaies. Le biais du statu quo concernant les cryptomonnaies est statistiquement plus fort chez les plus âgés et les agents les plus proches de certaines idéologies.

 Le biais du statu quo s’accompagne du refus d’acquérir des titres nouveaux en portefeuille par exemple. Ce fut le cas pour les institutionnels (fonds de gestion et d’investissement, banques commerciales, etc.) de nombreux mois après la bulle de 2016 et 2017. Aujourd’hui, paradoxalement, la forte hausse des cryptomonnaies est principalement le fait des institutionnels. 

En définitive, le marché des cryptomonnaies est un marché avec une taille encore limitée[2], soumis à différents phénomènes psychologiques résultant de la conjoncture économique (liquidités disponibles, volatilité, endettement, etc). Ces derniers mois, nous avons observé une forte influence de prophéties auto-réalisatrices et dernièrement d’effets mimétiques. D’autre part, les biais expliquent une grande partie des grands mouvements de prix. Les premières impressions, l’engagement des plus convaincus, la confirmation des prophéties haussières, ou encore la réticence des plus sceptiques, contextualisent l’évolution morale du Bitcoin dans le temps. Dernièrement, le retrait d’Elon Musk ou encore l’acceptation du Bitcoin comme monnaie nationale au Salvador sont deux exemples de biais de confirmation pour les pro-cryptomonnaies et anti-cryptomonnaies.


[2] Le marché des cryptomonnaies possède une valorisation de 2000 milliards de dollars en avril 2021


[1] Les détenteurs de plus de 1000 Bitcoins, 0,01% des agents, possèdent près de 32% de l’offre totale.

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