Les banques centrales ont injecté l’équivalent de 75% du marché de l’Or en 18 mois.

3 banques centrales, 9 000 Mds$ !

Bouleversement monétaire et budgétaire récent.

Évolution du bilan de la banque centrale des États-Unis, de zone euro et du Japon. Source : FRED.
Évolution du bilan de la banque centrale des États-Unis, de zone euro et du Japon. Source : FRED.

L’expansion des bilans de banques centrales est sans précédent. Le graphique ci-dessus reprend l’évolution des bilans de la banque centrale américaine (bleu), de la banque centrale du Japon (rouge), et de la banque centrale européenne (vert). Entre janvier 2020 et mai 2021, le bilan de ces trois banques centrales a augmenté de près de 8 927Mds$. La hausse la plus marquée est principalement le fait de la BCE (+4600Mds$) et de la FED (+3000Mds$). FED qui a largement compensé sa politique restrictive précédente (2016-2019). Cette évolution du bilan de la BCE est à mettre en lien avec le plus fort besoin d’intervention en Europe et la baisse du dollar. Néanmoins, cette hausse demeure la plus importante hausse des bilans centraux enregistrée dans l’Histoire du Capitalisme.

Par ailleurs, on notera que la création monétaire de 9 000Mds$ exclue ici toutes les autres banques centrales (Angleterre, reste de l’Asie, Afrique, etc.). Cette forte création monétaire ces 18 derniers mois s’inscrit également dans un contexte de forte création monétaire à long terme. En seulement 1 an et demi, les banques centrales ont créé l’équivalent de 75% du marché de l’or physique mondial, capitalisé près de 12 000Mds$. Cette création monétaire récente correspond aussi à 6 fois la capitalisation totale du marché des cryptomonnaies.

Politiques expansionnistes et histoire monétaire.

La hausse des bilans ces 18 derniers mois a dépassé tous les précédents historiques. Le bilan de la banque centrale d’Angleterre est assez révélateur de l’histoire des politiques expansionnistes. Le bilan de banque d’Angleterre a connu quatre périodes expansionnistes : 1705-1732 ; 1802-1834 ; 1921-1947 ; 2001- ?. En rapport au PIB, le bilan a augmenté respectivement de 315%, 66% et 200%. Enfin, depuis 2000, la hausse du bilan de la banque d’Angleterre approche de 800% !  

La récurrence de politiques monétaires accommodantes dans le temps n’est donc pas anormal. Cependant, l’ampleur récente des politiques monétaires est de nature à influencer fortement les marchés financiers. En réalité, on observe que ces dernières années, le lien entre bilan des banques centrales et performances des marchés boursiers s’est considérablement accru. On notera en effet que d’après Goldman Sachs, les injections de liquidités des banques centrales ont alimenté la quasi-totalité du rebond d’après le Krach COVID.  

En l’espace de quelques mois, les politiques monétaires ont complètement modifié les perspectives de marchés. Les nouveaux records du S&P500 ne sont pas encore à la hauteur du potentiel implicite de liquidités. Ce potentiel de hausse du S&P500 peut-être estimé dans un intervalle de confiance à +20% ou 25% pour les prochaines années.

 Cryptomonnaies et bilans des banques centrales

Les taux rythment la demande d’actifs

Deux constats se posent sur les performances des actions. Premièrement, on observe que les performances des indices sont parfaitement corrélées à la part d’actions détenues en portefeuille. Une diminution de la part des actions détenues en portefeuille à tendance à augmenter les performances sur 10 ans [voir article]. Le deuxième constat est que la demande d’actions est quasi-exclusivement déterminée par les liquidités disponibles. Ainsi, l’injection de liquidités sur les marchés à un effet simple : la hausse des cours. Si la part d’actions en portefeuille est de 40% par exemple, avec une injection de 1000Mds$ de liquidités, cela signifie une demande directe de 400Mds$ sur actions si la part en portefeuille reste constante. Ces 400Mds$ sont reçus par de nouveaux investisseurs qui réinvestissement à leur tour 160Mds$ (40%). L’effet multiplicateur joue ensuite son rôle pendant plusieurs années jusqu’à que toutes les liquidités se soient répercutées sur la demande d’actifs.

C’est exactement le processus qui a opéré après 2012. La hausse des bilans centraux, et leur stabilisation en 2016, a mené les marchés vers une hausse continue et soutenue jusqu’en 2018. À cette date, les liquidités commençaient à manquer, ce qui a précipité la chute des actifs plus spéculatifs comme Bitcoin. En 2018, les taux étaient sous-tension, ce qui a débouché sur la crise Repo de liquidités de septembre 2019. Toute cette période a marqué une stagnation des actions en Europe et une correction forte des cryptomonnaies, très sensibles au stress global du système financier.

Cryptomonnaies et liquidités

Le principal facteur directeur de la volatilité n’est autre que le manque de liquidités sur cryptomonnaies. La crise Repo de septembre 2019 était statistiquement annonciatrice d’une crise avant 6 mois, et donc d’un dépassement du niveau des 30 sur l’indice VIX de volatilité. C’est précisément ce qu’il s’est produit. Pour les prochaines années, on distingue donc plusieurs grandes dynamiques :

  • Premièrement, les liquidités devraient rester abondantes jusqu’en 2025/2026. La faiblesse des taux d’intérêt, et l’effet multiplicateur aux liquidités, devraient tous deux poursuivre leurs effets positifs sur les cours boursiers pour les prochaines années.  
  • En conséquence, cela devrait théoriquement participer au maintien d’une faible volatilité. Cependant, de légers retours de la volatilité peuvent traduire de grandes corrections des cryptomonnaies comme c’est le cas ces dernières semaines.  
  • En bref, les phases correctives sur actions et cryptomonnaies devraient être persistantes sur des périodicités de moyen terme. Cependant, le contexte de long terme empêche le marché d’un effondrement total, en retour sur les niveaux de 2019 par exemple pour le Bitcoin.

Les trois premières banques centrales du monde ont injecté l’équivalent de 9000Mds$, soit 75% du marché de tout l’or physique ! En 2018, la part d’actions en portefeuille moyenne était de 48%. Cela signifie que, dans les mêmes proportions, près de 4000Mds$ ont abouti à une demande supplémentaire sur actions. Ce qui explique également nos courbes entre bilan de la FED et S&P500 : la courbe du S&P500 n’a rattrapé celle des liquidités qu’à hauteur de 40% à 50%. Logiquement, cet écart de liquidités, positif pour les actions, devrait se combler sur 4 ou 5 ans. En outre, les banques centrales devraient continuer à pratiquer des politiques expansives jusqu’en 2022 au moins.

Des politiques expansionnistes éternelles ?

C’est la grande question qui préoccupe les marchés. Du fait des corrélations présentées, de nombreux investisseurs subissent un aléa moral selon lequel les banques centrales seront toujours là, ce qui justifie une prise de risque supplémentaire. Un peu comme le conducteur qui dépasse les limitations de vitesse car il est assuré.

L’Histoire monétaire est assez claire [voir article]. D’une part, la nécessité de réforme monétaire devrait devenir une réalité avant 15 ans (1918, 1944, 1971, 1999, 2026 ?). On notera par ailleurs que les périodes expansionnistes ont statistiquement plus de 80% de chances de durer 26 à 27 ans. D’autre part, les cycles de croissance, d’inflation, et de taux, semblent tous montrer la nécessité d’une réorientation des politiques à partir de 2025/2026, puis autour du milieu de la décennie 2030.

En bref, les politiques monétaires ne seront pas aussi intenses que durant la crise dans les prochaines années. La situation pourrait se stabiliser progressivement d’ici à 2025/2026 avant de se réorienter à nouveau. Les cryptomonnaies devraient ainsi subir directement ces changements fondamentaux. Le rallye haussier que nous avons connu de mars 2020 à avril 2021 n’est autre que le résultat direct de l’injection des liquidités de banques centrales. Les retournements récents sur la volatilité, et les limites de liquidités à moyen terme, se sont fait naturellement ressentir sur le cours des cryptomonnaies.

Conclusion

En conclusion, les banques centrales ont dépassé tous les records d’injection de liquidités. Les effets de ces politiques devraient encore se faire ressentir durant les prochaines années. L’injection récente de 9 000 milliards de dollars par les seules banques centrales des États-Unis, de zone euro et du Japon a modifié de nombreuses perspectives. Cela représente une création monétaire de 6 fois le marché actuel des cryptomonnaies ou bien encore 75% du marché de l’or physique mondial. Les perspectives à venir sont donc celles de marchés globalement stables, mais soumis à des pénuries naturelles de liquidités de moyen terme. Cela devrait permettre au marché des cryptomonnaies de maintenir sa tendance implicite malgré des phases correctives persistantes. À très long terme, une réorientation des politiques monétaires aurait pour conséquence l’émergence ou la chute de grandes classes d’actifs.

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