L’univers de la création de contenu sur Internet et celui de la finance décentralisée semblent, en apparence, à des années-lumière l’un de l’autre. D’un côté, le divertissement rapide, les pranks et la quête du clic ; de l’autre, une révolution monétaire complexe, souvent aride et mal comprise. Pourtant, il arrive que ces deux mondes entrent en collision, produisant des témoignages d’une valeur inestimable pour le grand public.
C’est exactement ce qui s’est produit lorsque le célèbre Youtubeur français Rogzy, de la chaîne Découvre Bitcoin, a décidé de se confronter à la réalité du terrain. Loin des graphiques boursiers et des spéculations de “crypto-bros” parisiens, il s’est rendu au Salvador, le premier pays au monde à avoir adopté le Bitcoin comme monnaie légale. Son voyage initiatique, véritable plongée dans le grand bain de l’adoption réelle, offre une perspective fraîche. Mais ce qui rend son récit unique, c’est son retour sur place permettant de distinguer la “hype” passagère de la transformation structurelle.
Cet article explore le parcours de Rogzy, de son scepticisme initial à sa découverte du “terrier du lapin” (rabbit hole), en analysant pourquoi son expérience est un cas d’école pour comprendre l’avenir de la finance. Nous aborderons l’importance du “Don’t Trust, Verify”, les dérives de la centralisation étatique via le Chivo Wallet, et le rôle vital de l’éducation populaire.
La barrière de l’incompréhension : une anecdote personnelle
Avant de plonger dans l’aventure salvadorienne de Rogzy, je souhaite partager une expérience personnelle qui résonne avec son parcours. Il y a quelques années, je discutais avec un ami résidant au Liban, un pays frappé par une hyperinflation dévastatrice et des restrictions bancaires draconiennes.
Depuis mon confort européen, je voyais alors le Bitcoin principalement comme un actif spéculatif. Mon ami, lui, me parlait de survie. Il m’expliquait comment sa famille utilisait des stablecoins et du Bitcoin pour préserver la valeur de leur travail face à une monnaie locale qui s’effondrait. Pour eux, la volatilité était un moindre mal comparée à la certitude de la ruine offerte par leur système bancaire national.
Ce jour-là, j’ai compris que la perception du Bitcoin change selon le privilège financier dont on jouit. Pour nous, c’est une option d’investissement ; pour une grande partie du monde, c’est une bouée de sauvetage. C’est cette confrontation au réel que Rogzy est allé chercher, d’abord dans l’euphorie du lancement, puis dans la rigueur d’un marché baissier.
1. Le sceptique et le mainstream : Rogzy avant la pilule orange
Rogzy n’est pas un analyste financier, et c’est sa force. Son audience représente le “Français moyen” : curieux, mais bombardé d’informations contradictoires. Avant son voyage, sa vision était celle des médias généralistes : une technologie énergivore ou un casino géant.
L’idée qu’un pays base son économie sur une “monnaie d’Internet” semblait absurde. Lorsque le président Nayib Bukele a annoncé la Loi Bitcoin, les critiques du FMI ont été virulentes. C’est avec ce bagage de doutes que Rogzy a préparé ses valises. Son objectif n’était pas de faire la promotion du Bitcoin, mais de vérifier si les gens payaient réellement leur café avec.
2. Atterrissage au Salvador : le choc médiatique vs la réalité
Le cœur du retour d’expérience de Rogzy réside dans le contraste entre ses attentes et son vécu. La réalité du terrain est bien plus nuancée que les reportages alarmistes.
La facilité déconcertante du lightning network
Ce qui a marqué le Youtubeur dès son arrivée, c’est la simplicité d’utilisation. Le mythe d’une technologie lente et coûteuse s’est effondré. Grâce au Lightning Network (une surcouche du réseau Bitcoin permettant des transactions instantanées à frais quasi nuls), Rogzy a pu constater que les paiements fonctionnent parfaitement dans les enseignes équipées.
Bitcoin beach et l’adoption organique
Son périple l’a mené à El Zonte, surnommé Bitcoin Beach. Contrairement au reste du pays, l’adoption y a émergé de la communauté (“bottom-up”) pour répondre à des besoins locaux de personnes non bancarisées. Voir des commerçants modestes maîtriser cette technologie a été un puissant révélateur pour lui.
3. Le point noir : le chivo wallet et le risque de centralisation
C’est ici que l’analyse de Rogzy devient intéressante pour l’investisseur averti. Bien qu’il salue l’initiative globale, il dénonce fermement le Chivo Wallet, l’application officielle du gouvernement.
- Une CBDC déguisée : Pour Rogzy, Chivo est une “boîte noire”. Les transactions entre utilisateurs Chivo ne passent pas par la blockchain Bitcoin, mais par une base de données privée de l’État. C’est, selon lui, un “Chivo-coin” qui permet de pister la population.
- Instabilité technique : Dès le lancement, Rogzy a constaté que l’application restait truffée de bugs. Beaucoup de locaux ont perdu confiance car l’outil officiel n’était pas à la hauteur de la promesse technologique.
- Manque de vie privée : En utilisant Chivo, l’utilisateur doit se soumettre à une vérification d’identité (KYC) totale gérée par l’État, ce qui contredit l’essence même du Bitcoin (liberté et pseudonymat).
- Autorisation requise : Pour débloquer son portefeuille ou se reconnecter, il faut parfois demander l’autorisation au gouvernement via un code de sécurité, ce qui est l’opposé de la souveraineté.
4. Un an après : le bilan de la nation bitcoin
En retournant au Salvador un an après son premier voyage, Rogzy a pu observer les effets du temps et du marché baissier (bear market) sur l’adoption populaire.
La désillusion de la volatilité
Le constat est sans appel : l’adoption a stagné dans certaines zones. Beaucoup de Salvadoriens ont reçu les 30 dollars de bienvenue offerts par l’État, les ont dépensés, puis ont désinstallé l’application lors de la chute des cours. Sans éducation financière, la volatilité a été perçue comme une perte de valeur injuste plutôt que comme une fluctuation de marché.
Le pari réussi de la sécurité et du tourisme
Cependant, tout n’est pas sombre. Rogzy souligne un point majeur souvent occulté : le Salvador a radicalement changé de visage grâce à la politique de sécurité.
- Sécurité renforcée : Autrefois l’un des pays les plus dangereux, le Salvador a vu sa criminalité chuter, bien que la présence de gardes armés reste visible à l’entrée des magasins.
- Boom touristique : Le Bitcoin a servi de campagne marketing mondiale. Le pays attire désormais des investisseurs et des “nomades numériques” qui injectent des capitaux, favorisant la construction d’infrastructures massives.
5. L’éducation : la seconde révolution à Ataco
Le voyage de Rogzy s’est enrichi lors de son second passage par le village d’Ataco, où 90 % de la population n’est pas bancarisée. C’est là qu’il a compris que la loi ne suffisait pas : il faut de l’éducation.
- Le projet éducatif : Rogzy mise sur la jeunesse. Ce sont les enfants et les étudiants qui, formés aux outils décentralisés, “orange-pillent” (éduquent) leurs parents commerçants.
- L’outil au service du besoin : À Ataco, les élèves utilisent le Bitcoin non pas pour spéculer, mais pour financer des améliorations locales.
- Vrais portefeuilles : Rogzy encourage l’utilisation de portefeuilles non-custodiaux (comme Phoenix ou BlueWallet) pour que les citoyens reprennent le contrôle total de leur argent, loin de l’influence gouvernementale de Chivo.
Conclusion
Le voyage de Rogzy au Salvador est un document sociologique. Il prouve que le Bitcoin fonctionne techniquement comme monnaie de tous les jours, mais que l’adoption humaine est un processus lent.
Le Salvador nous apprend que l’innovation ne demande pas la permission. Si l’expérience de l’État (Chivo) est critiquable en raison de sa centralisation, l’infrastructure Lightning Network est une réussite technique. Pour Rogzy, le message est clair : “Ne faites pas confiance, vérifiez”. Le futur de la finance ne sera pas seulement imposé par un gouvernement, mais choisi par des citoyens éduqués et souverains.
Faq : comprendre le bitcoin au Salvador
Pourquoi rogzy critique-t-il le chivo wallet ?
Il considère que c’est une application centralisée et opaque. Elle ne permet pas de posséder ses propres clés privées et donne au gouvernement un contrôle total sur les fonds et les données des citoyens, ce qui est l’opposé de la philosophie du Bitcoin.
Est-il facile de payer en bitcoin au salvador ?
Oui, techniquement. Chez les grands commerçants équipés de solutions professionnelles (comme OpenNode), le paiement via Lightning Network est instantané. Chez les petits commerçants, cela dépend souvent de l’utilisation de portefeuilles personnels plutôt que de l’application officielle qui peut boguer.
Quel a été l’impact de la baisse du prix du bitcoin sur les salvadoriens ?
Elle a créé une forte désillusion. N’ayant pas reçu d’éducation sur la volatilité, beaucoup de citoyens ont vu leur solde baisser en dollars et ont abandonné l’usage de la cryptomonnaie, la considérant comme trop risquée pour leur vie quotidienne.
Le Salvador est-il vraiment devenu plus sûr ?
Oui, Rogzy note une amélioration impressionnante de la sécurité publique. La lutte contre les gangs a permis de réduire drastiquement la criminalité, même si la sécurité armée reste une réalité quotidienne devant les boutiques.
Pourquoi rogzy mise-t-il sur l’éducation des jeunes à ataco ?
Il estime que les adultes sont plus réticents au changement technologique. En formant les étudiants, ces derniers deviennent les ambassadeurs du Bitcoin auprès de leurs familles, créant une adoption organique et durable basée sur l’utilité réelle plutôt que sur un bonus de bienvenue.
Passionnée par la révolution crypto, Elena Ledger explore quotidiennement les profondeurs de la blockchain pour en extraire l'essentiel. De l'ascension des NFT aux enjeux de la cybersécurité, elle combine une plume vive à une analyse pointue des cours du marché. Journaliste Web3 dans l'âme, elle ne se contente pas de suivre l'actualité : elle la questionne. Suivez ses analyses pour comprendre comment le Bitcoin et l'Ethereum transforment notre rapport à la monnaie.






















