Le monde a besoin de bulles spéculatives ?!

1637, 1720, 1929, 2000… Autant de dates parmi les dizaines et dizaines de grandes bulles spéculatives de ces derniers siècles. Alors que les cryptomonnaies sont souvent comparées à une bulle spéculative, il est important de saisir l’utilité et la cause même d’existence des bulles dans l’Histoire. Tous les grands retournements de marchés ne sont pas issus de mouvements spéculatifs, mais tous les mouvements spéculatifs résultent dans des grands retournements du marché.

Cryptomonnaies : l’histoire se répète ?

L’essence même des bulles spéculatives

Pourquoi les bulles spéculatives existent elles ? Une bulle n’est jamais le fait du hasard. Une bulle s’explique toujours par le contexte économique d’une part et généralement les innovations qui lui sont associées.

Les bulles prennent globalement effet dans un contexte initialement favorable. Il peut s’agir de :

  • Forte croissance et raréfaction des liquidités (1907, 1929, 1989, 1997, etc.). Une forte croissance débouche souvent sur une hausse durable des actions. Quand la croissance tend à ralentir, et les liquidités à se raréfier, le marché entre implicitement en survalorisation qui s’accentue souvent avec des premiers signes de spéculations (processus de décorrélation des cours).
  • Un fort niveau de dette publique (1720, 1921, post-2008, etc.). Un fort niveau de dette publique explique souvent la formation de certaines bulles. Le marché obligataire est aujourd’hui le deuxième marché après l’immobilier. Le gonflement du marché obligataire implique par effet de chaîne la hausse continue des actions. Un fort niveau de dette publique existe généralement avec de faibles taux d’intérêt, des déficits chroniques, et une abondance relative de liquidités qui alimente les actifs.
  • La présence d’une innovation. La présence d’une innovation permet d’augmenter la productivité et les gains pour l’entreprise. Cela résulte dans la présence de rendements plus élevés pour les investisseurs. Cette situation débouche sur une extrême concentration du capital sur un secteur peu développé.

Ainsi, d’un point fondamental, les cryptomonnaies concentrent une capitalisation très élevée pour des résultats qui restent encore limités. À priori, il serait donc rationnel d’y voir une forme de spéculation.

L’utilité des bulles

L’argument presque immédiat avancé par les sceptiques aux cryptomonnaies est celui de la spéculation. La spéculation a un rôle économique central. Sans bulles, il n’y a plus de créativité et d’incitations à l’innovation. Les bulles sont une constante centrale de l’Histoire économique, et aucun gouvernement, le plus dépensier qu’il soit, ne peut raisonnablement prétendre y mettre fin.

Les bulles sont d’une extrême importance quand il s’agit initialement de l’apparition d’une innovation. La bulle Internet a permis de concentrer rapidement et massivement des capitaux afin de diffuser les innovations numériques. Aujourd’hui Internet reste le principal moteur de croissance tandis que les entreprises de la tech affichent des résultats toujours aussi impressionnants 20 ans après. Sans la bulle Internet le monde n’en serait probablement pas là.

Quand une bulle spéculative fait suite à une phase de croissance et de raréfaction des liquidités, ou bien de hausse de la dette publique, la bulle spéculative a des vertus correctives. Le krach de 1720 a permis de corriger l’excès de dettes publiques accumulées, comme ce fut aussi le cas pour les marchés durant l’entre-deux-Guerres ou encore depuis 2000. Ce à quoi l’on peut rattacher la pertinente citation :

« Les financiers ne font bien leurs affaires que lorsque l’État les fait mal »

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

Cryptomonnaies : « bulle » d’innovation ou de conjoncture ?

D’une part, il est indéniable que les cryptomonnaies permettent des gains de productivité, en particulier avec l’utilisation de la technologie blockchain. En cela les cryptomonnaies sont une innovation financière qui justifie la concentration de capitaux. Néanmoins, ce n’est pas une innovation directe. Les cryptomonnaies permettent des gains de productivité indirects lors des transactions, de l’épargne, et plus récemment de l’emprunt.

Les cryptomonnaies sont donc une forme de “bulle” d’innovation, ce à quoi s’ajoute la conjoncture économique. Les faibles niveaux de taux, les forts niveaux de dette publique, et les politiques monétaires expansionnistes conduisent nécessairement à une survalorisation explicite des actifs financiers. On remarque en effet que chaque ralentissement de la croissance est suivi statistiquement d’une hausse du stress financier. Cette hausse du stress financier provoque généralement une première correction sur le cours des cryptomonnaies, avant de dégager un puissant rallye haussier à moyen ou long terme.

Statistiquement, les périodes de survalorisation durent entre 8 et 18 ans sur les grandes classes d’actifs. Les périodes spéculatives sont relativement plutôt courtes et dépassent rarement quelques années. Ce qui ne serait donc pas le cas du Bitcoin et des cryptomonnaies qui se maintiennent depuis 12 ans face à deux grandes vagues spéculatives.  

Il est intéressant de noter que la première phase spéculative sur Bitcoin avait respecté une régularité historique d’environ 265 jours de hausse. Et ce tandis que la dernière phase spéculative dure depuis plus d’un an.

Un peu d’Histoire…

Nous pourrions retourner en Antiquité quand les Grecs spéculaient sur l’argent ou l’huile d’olive, voire bien plus tôt encore dans l’Histoire. Cependant, l’époque moderne donne un bon aperçu des grandes tendances financières.

1720

Au-delà de la tulipomanie, une des grandes bulles spéculatives, souvent peu connue, est celle de 1720. À la mort de Louis XIV en 1715, les dettes publiques sont très élevées en France comme chez les Britanniques. En 1717, la Compagnie des Mers du Sud chargé du commerce avec les Amériques prend en charge une partie de la dette publique. Le rachat de dettes publiques par la Compagnie des mers du Sud permet se fait en échange de l’émission d’actions associées à la compagnie.

Cours de la compagnie des merds du sud
Cours de la compagnie des mers du Sud

Le contexte sur la dette publique conduit ainsi à la formation d’une bulle dès 1719. La bulle éclate en 1720 avec les déceptions sur les résultats des expéditions aux Amériques. Le même phénomène boursier dans un contexte économique similaire prend effet à Paris (Compagnie du Mississipi).

Pour l’Anecdote, même Isaac Newton a spéculé sur l’action avant de racheter massivement un nouveau lot d’actions avant l’éclatement de la bulle. Sa position fut évidemment perdante. Même les esprits les plus rationnels perdent face aux bulles spéculatives. L’enjeu central est de comprendre économiquement et monétairement ce qui fait la tendance du marché.

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Auteur de plusieurs livres, rédacteur économique et financier sur plusieurs sites, je noue depuis de nombreuses années une véritable passion pour l’analyse et l’étude des marchés et de l’économie.

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Les propos et opinions exprimés dans cet article n’engagent que leur auteur, et ne doivent pas être considérés comme des conseils en investissement. Effectuez vos propres recherches avant toute décision d’investissement.

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