La plus grande licorne du monde possède l’espace blockchain en Chine

Mais qui est cette fourmi vorace et gigantesque ?

Ant Group est une filiale du Groupe Alibaba (Alipay fut rebaptisé Ant Group Services le 23 octobre 2014, et la société fut rebaptisée Ant Group Co le 13 juillet 2020).

Ant Group

Cette société a deux activités majeures visibles :

  • C’est une Fintech qui vend des solutions de paiements, et des prêts à la gestion de patrimoine et aux assurances. Son produit phare, Alipay, compte 1,2 milliard d’utilisateurs dans le monde
  • C’est l’acteur le plus dynamique dans le paysage de la blockchain en Chine

L’histoire de son évolution commence très simplement …

Afin de profiter des opportunités de la nouvelle stratégie quinquennale du gouvernement chinois sur les technologies informatiques et la blockchain, Ant Group a repositionné ses produits de façon à servir le gouvernement, obtenir des commandes nationales et des réductions d’impôt.

Une des premières actions a été de signer un accord avec le département foncier de Zhuhai. Ant Group s’est engagé à leur fournir une solution blockchain qui connectera le gouvernement, les banques et les utilisateurs finaux pour partager des données telles que les titres de propriété, les antécédents de crédit et les demandes de prêts hypothécaires. De plus, l’ensemble du processus de l’achat de biens immobiliers sera numérisé et déployé sur l’ensemble du pays.

La technologie blockchain performe encore plus lorsqu’elle est cumulée à d’autres technologies telles l’AI, les Big Data, le Cloud etc.

Exemple de services cumulés proposés par Ant Group : utilisation conjointe des services du Cloud avec ceux du Big Data et ceux de la Blockchain. Le Cloud héberge des collectes massives de données personnelles de consommateurs qui utilisent des applications blockchain. Puis chaque utilisateur -quantifié et qualifié- recevra des offres de services personnalisés et dynamiques mis à jour en fonction des statistiques ! Ce type de services cumulant des technologies de pointe peut être vendu à des assureurs, à des banquiers, à toutes sortes de professions ayant besoin de profils qualifiés pour faire des ventes personnalisées mais de façon industrialisée ! 

De plus, si les contrats obtenus sur les  marchés publics ont généré une rémunération régulière, ils ont surtout permis d’apporter des dépôts de brevets, une expertise de terrain, des experts en formation continue, la  captation de certaines parts de marché, une prospection industrialisée, une préparation constante à des déploiements nationaux et internationaux.

Sans parler des autres avantages financiers offerts par les villes chinoises elles-mêmes. En effet, elles octroient des avantages fiscaux aux  fournisseurs de technologie, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de “parcs industriels blockchain” qui contribuent à l’économie locale et au prestige de la ville elle-même.

Grâce à cette conjonction de choix politiques et techniques et des propositions de services complets, les ventes du groupe ont vu une envolée rapide !

Une stratégie globale qui dépasse les besoins chinois 

Le 23 juillet 2020, lors d’une conférence de lancement de produits, le président d’Ant Group a présenté la dernière version de “Ant Blockchain Open Alliance“. Il s’agit d’un consortium ayant pour but de faciliter l’accession des petites entreprises et des développeurs à l’industrie de la blockchain en cours d’émergence, et de les aider à construire des applications basées sur le protocole Ant, à moindre coût.

Depuis février 2021, Ant Group affirme que son produit est déjà utilisé par plus de 50 cas d’usage, par de nombreuses petites entreprises, notamment des sociétés de commerce électronique.

Une leçon de stratégie par l’usage complet et simple

Le génie d’ANT est qu’elle ne fournit pas des blockchains à proprement parler mais une suite complète de solutions blockchain axées sur des scénarii d’usage, encapsulées dans un écosystème utilitaire complet, simple et holistique (et donc captif) qui lie leurs clients aux autres solutions d’Ant !  

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“If you want to get on a chain, get on AntChain”

Une leçon de stratégie par la finance géographique

Bien qu’il soit né et ait grandi en Chine, le groupe Ant s’est développé bien au-delà de l’Empire du Milieu

Sa première activité historique de Fintech se développe sur des marchés rentables : 

  • ses solutions de paiement servent aux entreprises locales et aux entreprises internationales (cf: paiement via l’application Alipay
  • elle participe à l’obtention de licences bancaires locales, comme une licence virtuelle à Singapour.

Sa seconde activité répond au plan quinquennal du gouvernement axé sur les technologies blockchain : 

  • dès 2018, Ant a lancé un service de transfert de fonds transfrontalier instantané entre Hong Kong et les Philippines, grâce à  l’infrastructure sous-jacente de la blockchain
  • elle prépare d’autres services de transfert de fonds transfrontaliers basés sur d’autres types de réseaux blockchain chinois
  • elle participe à de nombreux travaux et comité de travail répondant aux besoins de l’administration chinoise

Au-delà de ces informations, d’autres points doivent être mis en lumière notamment 3 éléments qui paraissent comme décalés mais qui sont cruciaux dans cette mise en tension des équilibres des puissances mondiales autour des enjeux technico-politique et financiers des blockchains et d’internet. 

Il s’agit d’enjeux technico-politique et financiers qui visent bien au-delà de ces résultats apparents.

Le dos tourné à la puissance du Nasdaq ! 

Si pendant longtemps, le saint graal des sociétés étrangères était d’être cotées au NASDAQ, les sociétés chinoises effectuaient leur cotation primaire à New York puis leur cotisation secondaire à Hong Kong.

Le groupe Ant, filiale d’Alibaba Group Holdings, vient de casser cette légende et donne un autre exemple à ses concitoyens. ANT ne s’est pas fait coter à la bourse de NYC mais avait opté pour une double cotation à Hong Kong et à Shanghai, et les impacts de cet événement seront bien plus important qu’il n’y paraît car il montre clairement comment certains tournent le dos à l’histoire ancienne, proposent de faire table rase du passé et vont jusqu’à montrer l’exemple de comment participer à celle du futur.

L’histoire n’est pas aussi simple car lorsque Ant Group a annoncé son introduction en bourse, elle a été suspendue par les autorités qui considèrent ce géant de la tech comme une sortie de banque privée parallèle (novembre 2020). Ant Group devra se restructurer en une holding financière et sera placée sous l’égide de la Banque centrale chinoise, ses bénéfices contribueront notamment à renflouer le système financier chinois en proie à des endettements colossaux.

Les montants financiers des plans quinquennaux du gouvernement chinois

La planification quinquennale chinoise est l’outil majeur du développement économique en Chine.

Quand le Gouvernement Chinois prend une direction, il se donne les moyens de réaliser la prophétie de ces plans quinquennaux en injectant des montants pharaoniques, dépassant l’entendement, qui financent la recherche et la mise en place.  En Juillet 2020, un événement est passé inaperçu du grand public et de beaucoup d’experts : la publication de la stratégie nationale Chinoise sur la blockchain.

Plan blockchain de la Chine

Les plus grandes sommités chinoises travaillent ensemble et publient un rapport indiquant leurs recherches et leur vision pour devenir le premier acteur mondial Blockchains pour 2035.

Le rapport est écrit sous la direction d’un Groupe d’experts sur la blockchain, la Commission municipale des sciences et de la technologie de Pékin et le Bureau municipal de l’économie et de l’informatisation de Pékin, le Beijing Microchip Edge Computing Research Institute et l’Institut chinois de normalisation de la technologie électronique, qui accompagnent l’Administration des services du gouvernement municipal de Pékin sur cette vision des blockchains 2035.

Le groupe d’experts préconise aussi de créer un nouveau comité national blockchain qui aura pour objectif de soutenir les plus grandes entreprises tech pour élaborer des normes d’utilisation de la technologie dans tous les secteurs.

Les acteurs qui feront partie de ce mouvement seront le fabricant d’équipements de télécommunication Huawei Technologies, le géant des jeux vidéo et des médias sociaux Tencent Holdings, le leader du marché chinois de la recherche en ligne Baidu, l’entreprise Fintech Ant Financial Services et le géant du commerce électronique JD.com, selon un communiqué publié en début de semaine par le ministère de l’industrie et des technologies de l’information (MIIT).

Le plan quinquennal de 2020 met en évidence les objectifs généraux et les priorités de la Chine jusqu’en 2025, car dans la Vision stratégique 2035 du président Xi Jinping, la blockchain est appelée à jouer « un rôle important dans le prochain cycle d’innovation technologique et de transformation industrielle » et les avancées technologiques de la Chine.

De nombreuses villes l’ont déjà mis en œuvre dans le cadre de leur initiative “smart cities”, qui combine l’IA avec le cloud computing et la blockchain. Par exemple, en 2016, la Chine a commencé à construire des smart cities, avec des systèmes de connectivité, de partage de données entre les villes basées sur la technologie blockchain et l’IA et le Cloud. De même, les tribunaux chinois modernisent leurs systèmes pour intégrer l’analyse des données tout en stockant les preuves sur un réseau blockchain. 

Le premier système juridique basé sur l’IA sera-t-il Chinois ?

Le BSN ou le lien qui parlera à tous les plus grands protocoles blockchain du monde

Dans la continuité de la planification quinquennale chinoise relative aux technologies blockchains, le gouvernement central Chinois finance un programme qui élabore un nouveau système Internet basé sur la blockchain, indépendant de tout ce qui existe à ce jour.

Les ambitions blockchain de la Chine pour 2025

Ce BSN -le Blockchain Service Network ou le réseau de services blockchain- sera l’internet des blockchains interopérables, avec notamment Ethereum, Hyperledger et EOS, et reliera 128 villes chinoises à 7 pays étrangers.

C’est dire si la création du Blockchain Service Network est le pilier central d’une politique de très grande envergure. En effet, en créant sa propre norme de blockchain et d’internet, la Chine casse toute possibilité de dépendance à l’égard des fournisseurs étrangers et crée sa propre boîte noire dont personne ne peut vraiment auditer les vulnérabilités ou les back doors.
Sans parler des possibilités de créer des éléments supplémentaires (tels filtres-variables-ID géographique ou autre) qui pourront être utilisés comme facteurs de différenciation pour réguler les accès entrants et sortants avec le reste du monde.

Pour conclure, il est bon de rappeler que tous ces comités, ces rapports d’experts et déclaration de vision signifient surtout que la Chine avait déjà conscience que la blockchain serait une question d’importance nationale, qu’elle allait « remodeler le système financier mondial dans les 20 prochaines années » et qu’il fallait s’en emparer en en faisant une stratégie nationale de très grande ampleur

C’est pourquoi le gouvernement en a fait une priorité et nulle part ailleurs dans le monde, aucun pays n’a abordé le développement d’une technologie avec un tel sentiment d’urgence. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui la Chine apparaît au grand jour -soudainement- comme une puissance internationale essentielle pour tout ce qui concerne l’écosystème des blockchains.

Pour les sino-sceptiques … aucun autre pays n’a défini, financé et exécuté une politique de blockchain aussi complète que la Chine où des initiatives telles que la BNS et le DCEP (monnaie digitale) contribuent à créer un marché, tant au niveau national qu’international, et pour lequel les entreprises chinoises fixeront les normes qu’elles auront déjà mises en pratique.. 

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