La gouvernance du Bitcoin (BTC)

La légende Satoshi Nakamoto

La première chose à dire est que Satoshi Nakamoto a fait bien attention de ne jamais révéler son identité. Sa volonté de disparaître peu après le lancement du bitcoin est une caractéristique propre au bitcoin. De ce point de vue, Ethereum n’est absolument pas décentralisé car son « charismatique » leader Vitalik garde une influence colossale sur le code.


Il est vrai qu’Adam Back, le fondateur de Blockstream, est cité dans le whitepaper du bitcoin pour son travail sur Hashcash (un système de Proof of Work). De même que Wei Dei, le créateur de B-money. Adam Back est devenu relativement connu, de même que ceux qui ont travaillé avec Satoshi pour tester et peaufiner le bitcoin après son lancement. Nous pouvons citer par exemple feu Hal Finney, la première personne ayant reçu une transaction en bitcoin (c’est lui qui créa le premier système de Proof of Work en 2004).

Mais aussi Gavin Andresen, celui-là même qui milita pour une augmentation de la taille des blocs avant de perdre la raison en affirmant que Craig Wright était Satoshi Nakamoto (ce qui lui coûta son accès au Github du bitcoin). Ou encore, Wladimir Van Der Laan, le dev ayant le plus contribué au code du programme bitcoin avec MarcoFalke, Peter Wuille, fanquake, jonasschnelli et bien d’autres. La liste complète des 361 développeurs se trouve ici.

Les connaissez-vous ? Probablement pas. Les développeurs du Bitcoin ont toujours mis un point d’honneur à privilégier le mérite scientifique plutôt que les tactiques de manipulation de masse. Rejoindre les développeurs d’élite de bitcoin core nécessite de geler son ego et refuser les compromis bancals menaçant le dogme de la décentralisation.

Tout l’inverse d’un Elon Musk qui a récemment puisé dans le pouvoir que lui confère des millions de groupies pour raviver les controverses de la vitesse de transaction et de la consommation d’électricité. Comme si nous étions dans l’arène d’un cirque virtuel où l’empereur Musk n’a qu’à baisser son pouce pour altérer le bitcoin…

Vaste plaisanterie. Le bitcoin est l’architecture anarchique d’une nouvelle monnaie de réserve internationale accessible à tous. Sa forte consommation d’électricité est partie intégrante de sa physiologie décentralisée. Celle-ci se mesure en partie par son hash rate qui dépend directement de la quantité d’énergie utilisée par l’ensemble du réseau afin de valider les blocs de transactions.

Cette énergie dépensée s’appelle le « Proof of Work ». Les mineurs doivent trouver un «hash » pour obtenir l’autorisation de la part des nodes de valider un bloc toutes les 10 minutes (et obtenir la récompense). Cette course au hash nécessite des machines spéciales qui consomment de l’électricité.

[Rendez-vous sur la deuxième partie de cet article pour une explication du pourquoi du comment de cette course au hash]

Les mineurs ne font donc pas la loi à eux seuls. Ils sont tributaires des développeurs qui bichonnent le code du bitcoin (ceux dont nous parlions en introduction). Ce sont eux qui construisent les programmes utilisés par les nodes qui vérifient et valident les blocs apportés par les mineurs.

Nuire physiquement au bitcoin nécessite une super majorité au sein des développeurs, des détenteurs de nodes et des mineurs. Sans parler des utilisateurs, des wallets et des exchanges qui peuvent influencent aussi le cours des choses.

Par exemple, dans le cas du fork ayant donné vie à Bitcoin Cash (le bitcoin à gros blocs), les utilisateurs ont voté en vendant leurs BCH pour acheter davantage de BTC. Le BCH passa de 3000 $ à moins de 100 $ un an et demi après le fork.

En somme, la résilience du bitcoin est liée à cette sagesse invisible émergeant de son ADN décentralisé. Nous pourrions aussi dire qu’il repose en quelques sorte sur l’incapacité viscérale des humains à s’entendre…

Many people from the bitcoin community gunning at each others

Décentralisation par le Code

Commençons par le commencement avec le code open source du bitcoin. Pour ceux qui ne l’ont pas fait, il est temps de lire les quelques pages du White Paper du Bitcoin écrit par Satoshi Nakamoto : Bitcoin : A Peer-to-Peer Electronic Cash System. Sa traduction en français se trouve ici.

Satoshi a écrit seul le code/protocole du bitcoin mais de nombreux développeurs se sont rapidement ralliés à lui. Tout leur travail se trouve sur Github. Le code du BTC est connu sous le nom de « Bitcoin Core ». Il s’agit d’un logiciel (un Full Node) permettant de valider les blocs et de vérifier la blockchain.

Ces développeurs hors pair s’efforcent de coopérer dans les règles de l’art, animés par la mission de protéger le bitcoin. Sont-ils les meilleurs, des meilleurs, des meilleurs ? Ce n’est pas important. Ce qui nous intéresse dans ce papier sont les différentes dimensions faisant du bitcoin un objet décentralisé et il est par conséquent primordial de souligner que des milliers de devs travaillent sur tout ce qui gravite autour du BTC :

Lightning Network pour la layer 2, Liquid pour la sidechain, Hivemind pour les smart contrats, Stratum pour le mining, BTCPay pour l’usage. Et il ne s’agit là que d’un seul exemple pour chaque catégorie. Dit autrement, l’écosystème fleurissant autour du BTC est bien plus vaste que celui de toute autre cryptomonnaie.

Il est toutefois vrai que beaucoup de développeurs sont payés par Blockstream, dont le CEO est Adam Back. Cette société fut créée en 2015 avec l’appui du géant de l’assurance AXA dont le CEO, Henry de Castrie, le président du groupe Bilderberg. Voici d’ailleurs la liste des investisseurs de Blockstream :

Adam Back ne roule évidemment pas pour le Bilderberg, mais cela ne fait pas de mal de savoir qui orbite autour de lui. Quoi qu’il en soit, Bitcoin Core est probablement le Gold Standard du développement « décentralisé » pour deux raisons principales. Le nombre important de développeurs et le fait que la contribution scientifique y prime sur tout le reste.

Lucas Nuzzi a bien résumé la chose en déclarant que « l’innovation concernant le bitcoin requiert de la créativité, de la patience et, peut-être de manière plus importante, une minimisation de l’ego ».

Les développeurs ayant trop d’Ego finissent généralement par créer leurs propres blockchains, paramétrées à leur sauce. C’est le cas de Bitcoin Cash (BCH), né suite à la guerre civile de 2017. La fratricide guerre du Big Bloc… Nous en parlions dans un article précédent. Pour résumer, une faction enmenée par Bitmain – le plus grand fabricant de machines de mining – a voulu augmenter la taille des blocs qui fut fixé à 1 Mo par Satoshi Nakamoto sur les conseils d’Hal Finney. Soit 7 transactions par seconde. Trop peu pour certains prévoyaient que la lenteur du bitcoin (et la hausse des frais) creuserait sa tombe.

[Soit dit en passant, les blocs de 1 Mo peuvent contenir deux fois plus de transactions grâce au soft fork SEGWIT. Notez aussi que la blockchain du bitcoin fait actuellement 346 Go. Elle grossit d’environ 50 Go tous les ans maintenant que les blocs sont toujours pleins]

Les « large blockers » étaient focalisés sur l’adoption du bitcoin par les marchands alors que les « small blockers » ne juraient que par les mathématiques et la théorie des jeux. Stratégie de court terme vs stratégie de long terme. Sacrifier la décentralisation pour augmenter la vitesse de transaction était tout simplement impensable d’un point de vue scientifique.

Le temps a donné raison aux small blockers car le but n’a jamais été de payer son café en satoshis. L’ambition première était surtout de créer une monnaie aussi liquide qu’indestructible (décentralisée). Une monnaie permettant à chaque humain de protéger son épargne de l’inflation et à chaque pays de se défaire de la tyrannie du pétrodollar le moment venu.

[Mise au point pour bien comprendre pourquoi la mise en place de gros blocs sacrifierait la décentralisation du Bitcoin. La raison est très simple : EN cas de gros blocs, les Full Nodes feraient face à de grosses dépenses pour stocker toute la blockchain. Il serait parfaitement faisable de surpasser Visa ou MasterCard mais cela se ferait aux dépens de la décentralisation. Il est primordial que n’importe qui puisse mettre en place un Full Node à peu de frais sans quoi nous ne ferions que recréer le système actuel de monnaie fiat…]

Décentralisation – Les Nodes et les Mineurs

Qui des mineurs ou des nodes ont le plus de pouvoir ?

Probablement les nodes… L’une des raisons principales est que cela ne coûte rien de dire non à un bloc dont les transactions ne respectent pas le protocole (un bloc de plus de 1 Mo, par exemple), alors qu’une guerre du hash se révèle toujours coûteuse pour une partie des mineurs.

Ce n’est pas pour rien si le hashrate du bitcoin est 300 000 fois supérieur à celui d’Ethereum. Les mineurs évitent de miser sur le mauvais cheval et sont bien placés pour savoir que l’hégémonie monétaire est un combat à mort. « Skin in the game » comme disent les anglo-saxons.

Tout le contraire des créateurs d’Altcoins qui ressurgissent lors des « ALT Seasons » en faisant passer le bitcoin pour un vieux prototype pour arnaquer ceux qui pensent encore devenir millionnaire 12 après l’invention de la Blockchain. #Flippenning…

Parenthèse refermée. Revenons-en à la décentralisation du mining (Proof of Work). Voici la dernière phrase du White Paper de Satoshi Nakamoto :

« Les mineurs votent avec leur puissance CPU en refusant de travailler par-dessus des blocs ne respectant pas leur règles. Le protocole peut être imposé grâce à ce mécanisme de consensus. »

Les mineurs sont effectivement libres de miner les blocs respectant le protocole qu’ils ont choisi. Mais dans les faits, à moins d’un pacte entre tous les mineurs, les nodes sont plus puissants car leur vote est gratuit.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que « node » et « mineur » étaient des synonymes dans l’esprit de Satoshi Nakamoto.

Les mineurs sont devenus par la force des choses une protection contre les attaques dites Sybil alors que les nodes protègent le bitcoin contre une attaque dite 51 % (lorsqu’une seule entité parvient à contrôler la majorité du hash rate). Certains développeurs enfilent aussi leur casquette de hacker pour veiller au grain à leur façon…

Continuons pour le moment de parler de décentralisation du mining. On entend souvent que le mining serait centralisé par des pools de mining concentrés en Chine. Pourtant, contrairement aux idées reçues, les Chinois ne contrôlent pas 65 % du hash rate mais plutôt 35 %. Par ailleurs, les mineurs Chinois n’ont pas leur carte au parti communiste… Cela étant dit, il est vrai qu’il n’existe que 4 grands mining pools Chinois.

En effet, les mineurs ne minent pas en solo. Ils mettent leur Proof of Work (PoW) en commun au sein de mining pools. Il en découle une concentration malsaine car certains pools ne se gênent pas pour choisir le protocole qu’ils préfèrent sans demander l’avis de leurs clients qui apportent le PoW (la course au hash)…

Néanmoins, cela est de moins en moins vrai. Les pools voulant survivre finiront par bifurquer vers des systèmes permettant de décentraliser le mining. C’est le but du protocole Stratum mis sur pied par SlushPool et le développeur Matt Corallo afin d’augmenter radicalement la décentralisation du bitcoin. Le protocole permet d’écarter le risque qu’une coalition de pools décide de censurer certaines transactions ou bien de supporter tel ou tel fork le cas échéant. Certains pools ne se sont pas gênés lors du fork BCH…

Voici à quoi ressemblerait la décentralisation du mining si tous les pools utilisaient stratum :

Il est très important que les pools de mining s’engagent en faveur de stratum. Le fait que la récente réunion des mineurs nord-américains – en présence d’Elon Musk (qui veut des gros blocs) – ait provoqué une forte levée de boucliers est là pour le rappeler.

Terminons avec la décentralisation par les nodes. Ces derniers sont uniques car, contrairement aux développeurs (il faut savoir coder) et aux mineurs (il faut de l’argent pour acheter des machines de mining), ils ne nécessitent pas une expertise technique ni un gros investissement financier.

Les nodes vérifient les blocs proposés par les mineurs et s’assurent que le protocole est respecté. Leurs fonctions les plus importantes sont de faire en sorte qu’il n’y ait jamais plus de 21 millions de BTC et que les blocs de transactions ne dépassent pas 1Mo.

Votre node ou celui de Coinbase sont égaux. Le plus grand exchange du monde entretient probablement plusieurs nodes mais n’importe qui peut en faire autant. Bitnode recense environ 10 000 nodes de par le monde. Voire potentiellement 5 fois plus si l’on comptabilise les nodes qui se cachent derrière un VPN.

Sur ces 10 000 nodes, la plupart se trouvent aux États-Unis (19%), Allemagne 18%), France (6%), Pays-bas (4%), Canada (3%), UK (2.6%), Russie (2.4%), Chine (2%), etc. Et parmi eux, 66 % supportent actuellement la toute dernière version de bitcoin core. Oui, le code du bitcoin a subi des dizaines et des dizaines de mises à jour. Le code “immuable” n’est évidemment qu’un mythe.

Voici une carte de la concentration des nodes pouvant être localisés:

Nous vous invitons à vous mettre en quête de faire tourner votre propre node. C’est une entrée comme une autre dans le « rabbit hole » du bitcoin. Il ne vous en coûtera qu’un disque dur de 500 go alors qu’il faut déjà 4000 Go dans le cas d’Ethereum (qui est deux fois moins âgé). Encore quelques années et il n’y aura plus qu’une poignée de nodes ETH car cela coûtera trop cher en disques durs. Ajoutez à cela le Proof of Stake à venir et il est écrit d’avance qu’une mafia finira par prendre le contrôle d’Ethereum. Que feront-ils ? La même chose que les banquiers : imprimer toujours plus d’argent…

Que ce soit Ethereum, Bitcoin Cash, Litecoin, Monero, Dash ou ZCash, aucune cryptomonnaie ne fait le poids face au bitcoin. Et c’est encore pire pour les coins sans mining (PoS) telles que Cardano, Ripple, ACA, EOS, TRON, Tezos, Waves, Neo, OMG et autres shitcoins… L’Altseason est terminée. Welcome back to bitcoin.

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