Havas Blockchain, interview d’un leader de la publicité

Bonjour Fabien, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Fabien Aufrechter, j’ai 28 ans. Je suis directeur d’Havas blockchain, également enseignant à Science Po et au CELSA mais aussi Maire de Verneuil-sur-Seine. J’ai fait une formation en Histoire à La Sorbonne puis j’ai continué ma formation cette fois en communication au CELSA.

Fabien Aufrechter

J’ai commencé à Havas en tant que stagiaire et j’y ai réalisé le cursus honorum traditionnel. Enfin, disons plutôt “presque” traditionnel car dès mon embauche, j’ai participé et gagné le concours du meilleur espoir RP 2016. Cette victoire m’a permis d’être coaché par les dirigeants des plus grandes agences de communication  de Paris. Et de me retrouver aux Cannes Lions. Un souvenir assez dingue puisqu’à peine embauché, je me suis retrouvé au contact des plus grandes célébrités de notre secteur, de ceux qui forgent les tendances de la communication.

Cette expérience m’a permis par la suite de faire des rencontres inédites et de commencer à donner des cours au CELSA, à Sciences Po Lille puis à l’ENA et à Sciences Po Paris. Dans le même temps, j’ai eu l’opportunité de travailler sur des dossiers rétrospectivement assez dingues : ma première mission a été pour un opérateur des “Bus Macron”. J’ai également contribué au “Business & Climate Summit”, la “COP21 des entreprises”. J’ai pu faire aussi bien des relations presse que de la communication de crise et sensible. Aussi bien du lobbying que des relations institutionnelles et des affaires publiques. Le tout pour des acteurs bancaires, pour des entreprises dans le cadre d’IPO et de M&A, pour des Etats, etc. Cette multiplicité des missions m’a tout de suite énormément intéressé. D’autant que j’ai pu les réaliser dans le cadre d’une agence extraordinaire : Havas est une maison d’opportunités caractérisée par sa bienveillance et les défis toujours renouvelés.

La première fois que j’ai entendu parler de la blockchain c’était lors d’une soirée entre amis en 2013-2014. Il y avait notamment ceux qui allaient cofonder Blockchain France.

Je me suis d’abord penché à titre personnel sur le volet politique, philosophique et organisationnel mais jamais vraiment sur le volet investissement. Si j’avais su la valeur qu’allait prendre Bitcoin aha…

Pour moi la blockchain est une technologie qui redistribue les cartes de l’innovation et de l’économie (token economy). 

Quelles sont tes missions au sein d’Havas Blockchain ?

Mes missions sont plurielles et différentielles : démarchage de nouveaux clients, accompagnements de clients (même lorsque je n’interviens pas directement, je suis dans la boucle de tous nos clients), structuration de notre réseau notamment à l’international… Depuis la crise sanitaire pour continuer d’accompagner tous nos clients, je passe ma vie en visio et au téléphone. 

La structuration de notre réseau à l’international a été freinée par les confinements mais continue de constituer notre force. Nous avons à travers le monde de nombreuses petites équipes souples et agiles que nous coordonnons. Pour structurer ceci, j’ai dû prendre mon bâton de pèlerin et réaliser de nombreux déplacements lorsque cela était encore possible.

Ta journée type ?

Je n’ai pas de journée type et c’est ce qui me plaît. J’essaye de concilier l’accompagnement de mes clients, la coordination des équipes et le démarchage (pour moi, le “new business” n’est pas un gros mot). Après, j’ai eu des périodes où je prenais l’avion le matin, retrouvais nos équipes locales sur le terrain, participais à des conférences puis rentrais à l’agence tout en travaillant sur des présentations clients dans l’avion. Être sur le terrain là où les innovations se font me semble essentiel lorsqu’on prétend accompagner des clients qui travaillent sur des sujets de pointe.

D’une certaine manière, ce n’est pas moi mais nos clients qui ont créé cette offre. Nous avons juste répondu à leurs besoins. Étant plongé dans l’écosystème blockchain depuis des années, je n’ai d’une certaine manière été qu’au bon endroit au bon moment.

L’offre a été développée par rapport aux besoins, à l’époque il s’agissait des ICO. Ce qui est passionnant c’est que l’on a grandi avec l’écosystème. En effet, ce que nous proposons évolue avec la même rapidité que la blockchain mais notre manière de travailler fait écho à une de ses caractéristiques principales : la décentralisation.   

Quelles sont les différentes sections au sein du département blockchain ?

Havas blockchain est une offre structurée autour de différents visages :

L’incubation

Grâce aux incubateurs en propres (à Station F) et à ceux de Vivendi à Londres et à Los Angeles (ndr. Havas étant une filiale de Vivendi), nous accompagnons des startups innovantes. Le but est de sourcer, se faire connaître mais aussi accompagner des start-ups qui gravitent autour de cette technologie. Nous faisons aussi des formations aux grands groupes dans ces incubateurs.

Le conseil stratégique, technologique et communicationnel 

Le conseil en communication est la force d’Havas. C’est naturellement la première chose que viennent chercher nos clients. Mais grâce à Ekino (entreprise du Groupe Havas), nous disposons également d’une force inédite pour les accompagner de bout-en-bout et de manière agnostique sur le volet technologique. Enfin, nous avons développé une offre de consulting stratégique sur nos sujets de technologies de pointe, parce que nos clients cherchent souvent une offre intégrée. 

Aujourd’hui, cette branche est notamment attractive pour les gouvernements et les Etats qui souhaitent un accompagnement quasi-global sur les sujets d’attractivités sur les technologies de pointe. Quasi puisque nous ne faisons par contre pas de conseil sur les aspects juridiques ou en investissement.

Web3Network

C’est une place de co-investissement qui regroupe 8 fonds : Blockchain Valley Ventures, Blockwall Management, Fabric Ventures, First Bridge Ventures, LeadBlock Partners, Schema Capital, Signature Ventures et YGC. Ces derniers constituent le board d’investisseurs en capital risque. Le rôle d’Havas est de réaliser des audits avec la startup Estimeo, de sélectionner les meilleurs projets et ensuite les présenter à chacun des membres du board et aussi à des acteurs institutionnels.

La mission est encore une fois d’accompagner les start ups dans leur scaling mais aussi de leur donner la possibilité de se connecter avec nos clients. Nous cherchons la qualité et non la quantité et n’acceptons pas plus d’un projet par mois.

Peux-tu nous parler des projets sur lesquels tu as pu travailler ?

Parmi les clients dont je peux parler, il y a Global POS. Une PME de Montpellier qui vient chercher de la publicité ou de la communication et que nous avons accompagné à se positionner sur les cryptomonnaies, débutant ainsi l’accompagnement sur leur structuration. Nous les avons lancés sur les crypto-paiements avec leur solution EasyWallet.

Dans nos belles histoires, il y a aussi Carrefour que l’on a pu aider sur la traçabilité de ses aliments grâce à la blockchain. Ou encore Orange qui souhaitait utiliser la blockchain pour le vote et ainsi faire évoluer leur machine à voter électronique. Notre expertise a été donnée de la structuration, au positionnement en passant par la communication interne et externe.

Il y a aussi eu Arteïa qui utilise à présent la blockchain pour la traçabilité des œuvres d’art. Ou dans un autre registre, nous avons aidé l’Unicef sur une levée de fond par le minage.

Aujourd’hui, nous accompagnons aussi bien des États que des grandes entreprises, des startups que des leaders de l’écosystème blockchain (protocoles, exchanges, etc).

Par contre une chose essentielle à notre identité : nous travaillons sur toutes les blockchains parce que nous sommes  agnostiques en termes de solutions. De plus nous nous libérons progressivement du “tout blockchain” parce que la meilleure solution peut être une blockchain privée, une blockchain publique… ou pas de blockchain du tout ! 

De quelle manière Havas souhaite-t-elle se positionner au sein de l’écosystème ?

Havas a été le premier grand groupe à se positionner sur le sujet. Nous grandissons avec l’écosystème : nous  ne cherchons pas à étendre nos activités si le besoin n’est pas là. Cela dit, force est de constater que la croissance du secteur est incroyable et que notre rôle est sans doute d’être un conseil de bout-en-bout mais également un pont entre le monde crypto et les entreprises plus traditionnelles. C’est ce qui participera notamment à la démocratisation et à l’adoption, je pense.

Havas est le premier acteur avec une offre de bloc en bloc et internationale avec des agences dans plus d’une douzaine de pays dans le monde. Avoir un temps d’avance sur l’innovation à travers le monde et toujours être précurseurs, voilà notre positionnement sur le secteur.

Quelle est ta vision pour les années à venir ?

Je pense que l’arrivée des stablecoins va favoriser l’adoption et probablement la victoire des acteurs qui pensaient être disruptés (Banques, Gouvernements, etc). Paradoxalement, la blockchain sera sans doute un vecteur de recentralisation par une nouvelle forme  de digitalisation. 

Pour la blockchain je vois un développement silencieux. C’est d’ailleurs pour cela que nous ne vendons pas de la technologie, mais des solutions : peu importe l’infrastructure tant que la solution est la meilleure. 

Après, je pense que les modèles portés par les technologies blockchain ont surtout vocation à se structurer bien au-delà des nouvelles technologies. Suite aux gilets jaunes, nous ne pouvons plus percevoir les choses de manières complètement centralisées que ce soit la blockchain, la communication ou la politique. La verticalité dans nos modèles tend à disparaître au profit de la transparence.

Et sinon de manière plus globale, je suis persuadé que l’innovation est ce qu’il y a de meilleur lors de crises, ce qui nous aide à les surmonter. En cela, la pandémie que nous connaissons laisse présager une transformation radicale à moyen terme des secteurs de la santé ou encore de la logistique et des médias. Il faut donc se préparer soi-même vis-à-vis des transformations de notre société pour s’en saisir et non les subir.

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