Cryptomonnaies et correction à 500Mds$ : quelles conséquences à venir ?

500 milliards évaporés

Repositionnement des institutionnels

Entre le 17 avril 2021 et le 23 avril 2021, le marché des cryptomonnaies est passé d’une capitalisation totale de 2 277Mds$ à 1 752Mds$. Soit une perte nette de capitalisation de 525 milliards de dollars en l’espace d’une semaine. Il s’agit également d’une très forte diminution avec une chute de la capitalisation qui avoisine les 23%, tandis que le prix du Bitcoin a par exemple chuté de près de 27%, passant de 64 800$ à 47 500$ environ.

De toutes évidences, de tels mouvements de capitalisation et de prix amputent indéniablement la tendance haussière que nous avons connu jusqu’ici. Nous ne reviendrons pas ici en détail sur l’influence des institutionnels dans les tendances sur cryptomonnaies [voir article]. Le fait est que ce sont à ce jour les institutionnels qui déterminent les grandes dynamiques de marché, à la hausse et à la baisse. Depuis plusieurs mois, le bruit dans les stratégies courrait chez certains fonds que la prochaine phase haussière qui suivrait la phase corrective de mars (3e phase corrective incluse dans la phase de rallye depuis décembre) solderait certaines plus-values.

L’évaporation de 525 milliards de capitalisation ces dernières semaines montre clairement que des acteurs institutionnels (fonds, banques commerciales, etc.) ont réajusté partiellement ou totalement leur positionnement face au marché. Ce retour en arrière fragilise la dynamique globale du marché.

Nouvelle dynamique de marché

Deux aspects sont ainsi à différencier ici.

D’une part, le repositionnement des institutionnels va donner au marché une nouvelle ligne de tendance. Le marché n’a pas encore cassé des niveaux plus bas que ceux de mars, ce qui montre une réticence globale du marché à devenir très rapidement baissier. Néanmoins, le fait que le Bitcoin s’engage dans un canal technique depuis février montre que la puissance haussière du marché est bien plus faible que celle des derniers mois.

D’autre part, la structure nouvelle du marché avec l’apparition de produits dérivés. Contrairement à aujourd’hui, la bulle de 2017 ne se caractérisait pas par la présence de marchés dérivés. Actuellement, l’activité sur futurs est par exemple plus élevée que sur l’activité du marché initial. Pour Binance par exemple, première plateforme pour l’investissement en cryptomonnaies, les volumes sur produits dérivés au 4 janvier 2021 étaient de 57Mds$, contre 23Mds$ de volumes traités sur le marché au comptant. Il semblerait donc que l’activité sur dérivés soit au moins 2 à 2,5 fois l’activité présente sur le marché initial.

Les risques de marché sont bien réels. Des pertes rapides de capitalisations allant de 20% à 25% peuvent générer des risques inhérents sur marchés dérivés. Dans l’immédiat, nous pourrions avancer le fait que le positionnement de très nombreux institutionnels et de marchés dérivés réduit le risque d’effondrement des cours de 80% ou 90% par exemple. Cependant, il parait clair que la très forte volatilité du marché primaire des cryptomonnaies et le développement d’activités dérivées peut générer des risques structurels.

Une évolution des prix structurée

À l’inverse de la bulle de 2017, où les institutionnels n’étaient pas entrés massivement, cette nouvelle figure haussière des derniers mois est bien plus structurée. Le marché a évolué en deux grandes phases :

  • Une première phase de 8.6 mois entre mars et novembre 2020 [voir article sur la cyclicité du Bitcoin]. Cette première phase était une phase de concentration et de point de pré-ébullition du marché, avec de faibles corrections et une ligne haussière peu penchée mais puissante. Sur cette période, la capitalisation du marché augmente de près de 250%.
  • Une deuxième phase de déblocage puissant avec l’entrée des institutionnels. Cette deuxième phase concentre la majorité de la hausse, avec un premier mouvement institutionnel sur les 2 et 3 premiers mois (décembre-février) suivi d’un mouvement des particuliers.

De manière stupéfiante, on notera qu’il y a très exactement 397 jours entre le point bas de mars 2020 et le sommet récent d’avril 2021. En réalité, 397 jours correspondent précisément à 1 et ½ cycle de 8.6 mois. Cycle fondamental dont son existence sur Bitcoin et autres marchés a été démontrée.

Dans tous les cas, nous retrouvons ici la tendance d’un marché plus structuré, qui réagit par phases précises et successives. Cela s’explique d’une part par la forte corrélation des réactions institutionnelles avec les cycles économiques et financiers, et la plus forte démocratisation des cryptomonnaies à un grand nombre d’acteurs d’autre part.

Retour du stress financier : la malédiction du Bitcoin ?

Comprendre la correction.

Source : tradingview

On ne reviendra en détail sur les explications pour lesquelles le Bitcoin est un actif fortement corrélé au stress financier. Dans tous les cas, la correction des dernières semaines s’explique pour des raisons hautement structurelles.

Le graphique ci-dessus reprend le VIX, ou l’indice du stress financier sur les actions du S&P500, avec le cours du Bitcoin en noir. Globalement, le canal 10//20 sur le VIX est une zone dans laquelle les marchés sont relativement calmes. Au sein de ces niveaux, le seuil des 16 et 17 sur le VIX sont des supports très importants. Statistiquement, tous les rallyes sur Bitcoin sont précédés d’une apogée du stress financier. Ecrit plus clairement, le Bitcoin monte fortement quand le stress diminue. Inversement, le Bitcoin corrige violement quand des signes de stress se font sentir.

Le fait que nous ayons validé un support sur le VIX s’explique par le fait que les taux souverains se stabilisent depuis de nombreuses semaines. Comme je l’ai clairement expliqué dans mes précédentes publications, plus de 80% des corrections de taux souverains à court terme sont suivies d’une correction des marchés. Il ne faut pas oublier que nous sommes en situation de crise et qu’il est très difficile pour la volatilité de descendre sous des seuils de 15 par exemple. En conséquence, le stress chez les institutionnels revient et le Bitcoin corrige mécaniquement.

Ce que cette correction pourrait présager.

Du fait de sa corrélation au stress financier, le Bitcoin est un bon indicateur pour les autres marchés. Il semblerait qu’un fort retournement sur Bitcoin soit généralement suivi d’une vague corrective sur actions. Ce fut par exemple le cas en novembre 2015, février 2017, janvier 2018, novembre 2018, juillet 2019, etc.

Le Bitcoin est très sensible au moindre retour du stress. Le fait que les institutionnels liquident leurs positions les plus volatiles est un signe de repli de l’investissement, qui se poursuit généralement aux autres marchés, surtout dans un contexte de stabilisation ou de chute des taux. Ecrit plus simplement, la chute du Bitcoin devrait traduire de nouvelles tensions financières d’ici au début de l’été, en conformité aux cycles structurels. Par ailleurs, on notera le fait que nous pourrions assister à une nouvelle phase de risques vers le début de l’automne 2021, ce qui devrait impulser une nouvelle phase sur cryptomonnaies.

Enfin, on notera le fait qu’un niveau logarithme intermédiaire est le niveau des 29 500$ // 30 500$. Ce niveau correspond à un point de rupture entre la zone comparativement surévaluée et sous-évaluée sur Bitcoin. Ce niveau marquerait l’arrivée sur des zones de prix fondamentalement plus solides, ce qui n’est pas forcément le cas avec un Bitcoin au-dessus des 30 000$, plus fragile fondamentalement.

En définitive, nous avons assisté ces derniers jours et semaines à un mouvement très intéressant sur Bitcoin. Ce mouvement a conduit à l’évaporation de plus de 500 milliards de dollars de capitalisation. Cette correction traduit le repositionnement des institutionnels qui ont alimenté la large majorité du mouvement haussier depuis plus d’un an. De l’autre côté, le marché des cryptomonnaies s’est également ouvert à divers produits dérivés, ce qui a complètement modifié la structure du marché. Les hausses et baisses semblent maintenant bien plus structurées qu’elles ne l’étaient il y a quelques années encore. On notera notamment cette phase de 397 jours depuis mars 2020, régularité parfaite. De plus, cette correction s’explique avant tout par les nouveaux supports puissants sur le stress financier. La forte correction du Bitcoin peut également être un mauvais présage sur actions du fait de ces corrélations fondamentales.

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