CBDC : Ripple surfe sur le boom des monnaies numériques de banque centrale

Les CBDC : le must have des Banques Centrales ?

De la Chine à la Russie, en passant par la France et les Etats-Unis, aux quatre coins du monde fleurissent des projets de lancement de CBDC par les banques centrales. Yuan numérique, sand dollar, e-couronne, rouble numérique ou encore euro numérique les initiatives ne manquent pas et cela repose la question de l’utilité d’une cryptomonnaie étatique, en réponse à la “menace” perçue comme telle par les banques centrales et tout droit venue de Facebook et son projet Diem mais aussi des cryptomonnaies les plus connues que sont Bitcoin ou Ethereum.

En 2020, 86% des Banques Centrales avaient ainsi lancé leurs travaux pour évaluer l’intérêt et les freins au lancement d’une monnaie digitale de banque centrale (CBDC).

Une étude a ainsi montré que ce pourcentage était en augmentation, contre 80% en 2019, et 70% l’année précédente. Parmi celles-ci, 40 % étaient passées de la recherche conceptuelle à des expérimentations ou des preuves de concept (POC), et 10 % avaient développé des programmes pilotes, selon une nouvelle enquête de la Banque des règlements internationaux (BRI).

Graphique issu du rapport de la BRI sur les CBDC

Les répondants à cette enquête lancée il y a quelques mois citaient notamment comme enjeux et motivations les ayant poussé à regarder de plus près ce nouveau phénomène les éléments suivants : 

  • la sécurité et la robustesse des paiements 
  • la stabilité financière
  • l’efficacité pour les paiements nationaux et transfrontaliers

Le 24 Février dernier par exemple, la FED (banque centrale américaine) avait publié un document listant l’ensemble des prérequis au lancement d’un tel projet.

Par ailleurs, plus de 20% des pays interrogés par la BRI annonçaient vouloir lancer à court/moyen terme un projet de monnaie digitale de banque centrale, et c’est d’ailleurs ce qui se vérifie aujourd’hui lorsque l’on regarde les différents projets lancés à travers le monde et notamment pour les derniers d’entre eux : 

  • Le Maroc qui annonçait le mois dernier que sa banque centrale, Bank Al-Maghrib (BAM), envisageait de lancer une monnaie numérique de banque centrale (CBDC). On sait que la BAM a mis en place un comité pour étudier les avantages et les inconvénients d’une CBDC, quatre ans après avoir interdit les cryptomonnaies, soulignons-le ;
  • La Russie, comme nous avions eu l’occasion de l’évoquer dans un article précédent, poursuit son projet de lancer une CBDC d’ici la fin de l’année 2021. En effet, le pays a annoncé qu’il prévoyait de lancer son rouble numérique sous peu, et qu’il testera avec sa banque centrale la CBDC en 2022 une fois le prototype validé. C’est d’ailleurs assez drôle quand on pense aux lois quelque peu farfelues qui ont été actées en Russie concernant les cryptomonnaies. Pour autant, de nombreux projets se lancent autour de la CBDC, comme le stableocin Sbercoin qui sera prochainement lancé par la principale banque d’État Sberbank. 
  • Quant à la Chine, déjà très avancée sur le sujet, elle a déclaré que deux grandes banques nationales avaient déjà expérimenté le yuan numérique dans certains grands magasins situés à Shanghai. Des milliers de transactions virtuelles de Yuan ont ainsi lieu dans certains lieux, une sacrée étape de franchie pour l’une des plus grandes puissances au monde.

Observant ce contexte de montée en puissance des réflexions autour des CBDC, le Forum économique mondial (WEF) a publié le mois dernier un cadre destiné à aider les banques centrales à évaluer, concevoir et éventuellement déployer leur projet de CBDC.

Le CBDC Policy-Maker Toolkit vise ainsi à aider les banques centrales à évaluer si une CBDC est la bonne solution pour leur modèle économique et à leur servir de guide dans les processus d’évaluation, de conception et de déploiement. Ce document apporte également un état de l’art et un benchmark des différentes solutions du marché, et évalue le rôle de la blockchain dans la mise en œuvre d’une monnaie digitale.

En plus de la publication du document, le WEF a annoncé le mois dernier la création du Consortium mondial pour la gouvernance des monnaies numériques, le premier consortium mondial axé sur la conception d’un cadre de gouvernance des monnaies digitales.

Dans ce cadre, pourquoi Ripple a-t-il décidé de lancer une version privée de son XRP Ledger à destination des Banques Centrales ? Une décision à la croisée des chemins entre l’origine de son projet et le boom des CBDC.

Ripple 2.0 : des origines au lancement de son XRP Ledger 

L’histoire de Ripple est assez unique. En effet, le projet qui a vu le jour en 2012 des mains de Jed Macleb notamment, avait pour ambition initialement de se différencier de Bitcoin, alors maître du jeu des cryptomonnaies. C’est pourquoi ses créateurs ont décidé de ne pas utiliser le même système de minage pour vérifier les transactions et ainsi imaginer un consensus entre les membres du réseau. Ce changement majeur permit de créer une monnaie décentralisée qui permettrait à des personnes de créer leur propre système monétaire. Quelques mois après et certains mouvements de fusion/acquisition, ses créateurs ont décidé d’aller un cran plus loin et de créer le token XRP qui permet aux institutions financières de transférer plus facilement de l’argent avec des frais de transactions très faibles.

Les caractéristiques de Ripple

Ripple se revendique alors d’avoir des caractéristiques intrinsèques qui la rendent unique : 

  • La scalabilité : 1 500 transactions par seconde, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et peut évoluer pour traiter le même débit que Visa
  • Distribuée et décentralisée à travers un réseau de plus de 150 validateurs 
  • Stable grâce à son modèle de gouvernance et sa technologie, ce qui en fait une valeur ajoutée pour les entreprises ou institutions 
  • Eco-friendly en raison de son protocole peu consommateur d’énergie

En bref, très rapidement grâce à ces caractéristiques uniques, Ripple a réussi à se créer une place de choix dans le milieu bancaire qui y voyait là l’occasion de moderniser leurs processus. C’est grâce à de nombreux partenariats que Ripple annonce en 2017 que plus d’une centaine d’institutions financières utilisent la technologie de l’entreprise pour fournir un service de paiement global instantané.

En 2020, Ripple aura toutefois quelques ennuis avec la SEC, qui l’inculpe d’avoir procédé à une levée de fonds de 1,3 milliards de dollars sans que cette transaction ne soit enregistrée de façon légale auprès de la SEC. C’est un épisode sombre de l’histoire de Ripple dont nous vous avons déjà parlé en détail dans cet article.

En bref, Ripple a donc dans un premier temps choisi d’orienter son business model vers les transactions interbancaires, au risque d’être fortement critiqué par la communauté crypto qui crie au crime de lèse-majesté. 

Mais il semblerait que la firme soit parvenue à rebondir et pas de n’importe quelle manière.

Système de transaction de Ripple
Système de transactions Ripple. Source : Ripple France

Après s’être fait une place dans le marché des cryptomonnaies en permettant de connecter des centaines d’institutions financières dans le monde et en leur faisant toucher du doigt l’utilité de la blockchain pour les paiements; la firme développe désormais son positionnement institutionnel avec le lancement récent du Ledger privé CBDC à destination des banques centrales.

Une solution qui, selon eux, permettra de surmonter les principaux défis liés à la création et à la gestion d’une monnaie numérique souveraine, tout en amplifiant la valeur et les avantages pour les banques centrales, leurs partenaires et, surtout, les millions de personnes qui l’utiliseront.

On peut d’ailleurs lire dans le livre blanc publié par Ripple pour l’occasion : 

Livre blanc sur les CBDC publié par Ripple

L’introduction des monnaies numériques des banques centrales (CBDC) sera l’une des transformations déterminantes de l’histoire de la monnaie. La manière dont la technologie sous-jacente sera mise en œuvre et dont les politiques monétaires seront définies au cours de la prochaine décennie déterminera si les actifs numériques souverains ouvriront la voie à l’amélioration du commerce mondial et de l’inclusion financière ou s’ils maintiendront un statu quo cloisonné, inefficace et inéquitable. Ce livre blanc fournit aux banques centrales le cadre de mise en œuvre des CBDC et des conseils pour assurer l’interopérabilité mondiale – la pierre angulaire du succès des CBDC

Livre Blanc Ripple sur les CBDC

C’est dans ce cadre que Ripple a décidé de lancer son CBDC Private Ledger, une version privée de sa blockchain XRP, dédiée aux banques centrales pour lancer leur projet de CBDC.

Que nous révèle l’annonce de Ripple sur le futur de la monnaie ?

Ripple a annoncé piloter une version privée de sa blockchain publique XRP et open-source pour fournir aux banques centrales une solution sécurisée, contrôlée et flexible pour l’émission et la gestion des monnaies numériques.

L’enjeu est double : permettre des transactions à faible coût et avec la vitesse et le volume demandés par les Banques Centrales ; tout en répondant aux normes de sécurité particulièrement strictes.

Ripple devra également s’assurer que les produits CBDC construits avec XRPL seront interopérables avec les infrastructures financières existantes.

La technologie de base de cette nouvelle blockchain privée CBDC fonctionne depuis plus de 8 ans sans incident et avec des milliards de dollars de valeur transigés chaque jour

selon le communiqué de Ripple.

Faisant le constat que plus de 80% des banques centrales envisagent de lancer une CBDC, le Sand Dollar des Bahamas étant le premier à être lancé et le yuan numérique de la Chine étant sur le point d’aboutir, le phénomène n’a pas prévu de fléchir. Chaque nouvelle CBDC aura sans doute des demandes spécifiques en fonction des stratégies propres à chaque pays, ce qui laisse ainsi entrevoir un océan de solutions CBDC à travers le monde.

La Banque de France a d’ailleurs engagé des discussions avec Ripple dans le cadre de sa monnaie numérique de banque centrale. En effet, avec deux premiers projets pilotes, dont nous avions eu l’occasion de vous parler dans des articles précédents, la Banque de France poursuit ses essais pour tester les différentes solutions qui s’offrent à elle afin de déployer prochainement sa monnaie digitale de banque centrale.

Dans un article récent de la CPA Australia, on peut d’ailleurs voir : 

La banque centrale française, la Banque de France, a ouvertement discuté de Ripple/XRP comme plateforme possible pour la monnaie numérique centrale européenne”. 

CPA Australia

Ce qu’il faut retenir ce ces discussions est bien évidemment la confiance que de nombreuses institutions financières, au premier rang desquelles les banques centrales, font à Ripple. Tout n’avait pourtant pas bien démarré avec le très médiatisé procès de la SEC contre Ripple dont la première audience s’est déroulée il y a quelques semaines. 

Pourtant, beaucoup s’accordent à dire, tout comme la CPA Australia, que Ripple pourrait bien être une plateforme alternative à Ethereum avec son token XRP qui utilise son propre registre, ce qui le différencie des autres cryptomonnaies.

En somme, ce qui plaît aux banques, c’est notamment le caractère centralisé du réseau Ripple, contrairement à la décentralisation promue par Bitcoin et Ethereum par exemple.

Alors que le cours de Ripple oscille aujourd’hui en-dessous des 1$ le XRP, de plus en plus de pays se penchent sur sa nouvelle plateforme afin d’évaluer l’intérêt de lancer leur propre monnaie digitale.  Affaire à suivre !

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